samedi 9 juillet 2011

Dis moi ce qui te fait rire, je te dirai ce qui te terrifie.

Parfois on nous pose des questions profondes qui sont comme de grands voyages, où l'important n'est pas la destination, en l’occurrence la réponse, mais le cheminement.

Je me souviens un jour avoir vu du coin de l'oeil un tract à la BNF sur une conférence intitulée "Comment vivre sachant que l'on doit mourir". J'ai eu un sourire en coin en imaginant la ribambelle de dépressifs qui devaient constituer l'audience, mais j'ai tourné et retourné la question, elle m'a tenu éveillé des nuits entières, et aujourd'hui encore, bien que j'ai trouvé un faisceau de réponses, je me mords les doigts de ne pas être allé à cette conférence.

Il y a dix ans de cela, je passais une série d'entretiens pour intégrer une grande école.

Lors de l'un d'entre-eux, on m'a posé cette simple question : Peut-on rire de tout ?

Alors, peut-on rire de tout ? Ou plutôt finement retourné : est-ce que tout chose peut-être objet d'humour ? Je me pose souvent la question. L'humour est une paix, une joie, un soulagement, il permet de donner une universalité et une humanité à une suite de mots.

Après avoir beaucoup lu et réfléchi à la question, je ne trouve pas plus belle réponse que celle donnée par Heinlein dans En terre étrangère.


Mais c'est Locke de Lost !

En terre étrangère fait suite à Etoiles Garde-à-vous. Ce dernier livre, adapté en film sous le nom de Starship Troopers, n'est pas qu'une histoire, même second degré, de soldats tenant tête à des insectes : c'est une réflexion robuste, terrifiante, même, d'un homme instruit et intelligent sur la guerre. Le propos est fortement belliciste, mais écrasant d'intelligence : vous lisez ce livre et vous voudrez vous engager dans l'armée. Je me demande si un jour où la paix sera culturelle on interdira ce livre.


Peut-être pour démontrer qu'il n'était pas belliciste dans l'âme, Heinlein (qui a un cratère de lune à son nom) 


le cratère Heinlein

écrit En Terre Etrangère, livre qui fondera tout simplement le mouvement Hippie. Outre certains aspects fascinants ayant semé les germes d'une époque de liberté étrange (le refus des dogmes, le sexe de groupe...), Heinlein y livre sa vision de l'humour.

File:Stranger in a Strange Land Cover.jpg 

Le héros est un être humain ayant été élevé par des "martiens" et qui retourne sur terre. A ce titre, sa pensée est radicalement différente et par exemple, il ne rit jamais. 

Un jour on l'amène à un zoo. Il donne une friandise à un singe et un singe plus gros que lui vient le frapper et la lui voler. Alors le singe frustré va en voir un petit et le frappe à son tour.

Et là le héros éclate de rire, d'un rire philosophique et immense, d'un rire triste en fait.

Il explique qu'ainsi la nature nous a faite, et que la violence se propage car lorsque nous sommes victimes de violence, nous tentons de nous extirper de notre souffrance en reproduisant cette même violence sur d'autres. Ne défendons nous pas les criminels dans les tribunaux en expliquant le contexte de violence qui les a formés ?

Le rire est toutefois une invention culturelle de l'homme pour rompre ce processus de violence. Le rire nous a extirpé des guerres tribales et de la domination, il a permis la culture, il est la graine de la culture. Lorsqu'il y a eu des rois, il y a eu des bouffons.

Vous riez quand un acteur fait une grimace absurde ou parle d'une voix étrange car vous même vous avez souffert de ne pas donner une apparence comme il faut à tout instant.

Vous riez quand un comique glisse sur une peau de banane car combien de fois vous êtes vous fait mal et que vous vouliez purger votre douleur par de la violence.

Vous riez quand on vous parle de taille de pénis, d'échec social, de puissants qui tombent, de vaniteux escroqués et de politiques tiraillés par leur libido, car ce sont vos angoisses.

Bien entendu, il existe des sujets sensibles (pédophilie, mort d'un parent proche) qui font rire certains car ils sont habités de visions morbides qu'ils doivent également purger par la dérision. 

Dis moi ce qui te fait rire, je te dirai ce qui te terrifie.

Ainsi, la réponse à "peut-on rire de tout ?" est : on doit rire de tout.

C'est la seule voie saine d'évolution de la culture humaine. 

Et c'est une belle réponse à l'absurdité du monde.

lisez Heinlein :

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