dimanche 10 juillet 2011

La taille, cela ne compte pas vraiment.

Je n'ai pas souvent raison. Mais j'ai une bonne technique pour avoir souvent apparemment raison en dépit de statistiques défavorables. 

C'est une technique spéciale utilisée entre autres par des politiques (Le Pen, Attali) qui consiste à dire plein de choses en disant d'un ton prophétique : 

"Je vous prédis que [Facebook et les systèmes de réseaux sociaux dédiés disparaîtront pour devenir un service internet en marque blanche de type mail ou web, c'est ma dernière prédiction en date], mark my words." 


Economics Demotivator

Evidemment comme tout le monde pense qu'à son petit chez soi, les gens oublient vite mes affirmations péremptoires, et il suffit de puiser dans les 2% qui se sont par un miraculeux hasard réalisées pour se prétendre visionnaire.

Robert Silverberg disait "99% de ce que j'écris est n'importe quoi, j'écris juste beaucoup, c'est pour cela que je suis publié", et dieu sait que même ce qui a été publié de lui n'était pas génial, mais bon il VIVAIT dans son lit avec une machine à écrire sur les genoux.

Tiens, un bon Silverberg.

Début 2002 je participais à une réunion de "prospective sur les technologies numériques". C'est une réunion très inutile de tout point de vue, des directeurs de services informatiques venant boulotter à l'oeil des croissants pour se changer le quotidien, le tout ponctionné sur le budget R&D d'une société en acronymes, dans un salmigondis de crédit impôt recherche, défiscalisation, vive la France.


vive la France

Mais en 2002, le monde était en effervescence, parce que voyez vous le IPOD était arrivé. 

Chacun y est allé de son "bah, les MP3, je connais depuis mille ans", certains avec des Archos (fierté française, le minitel du son, nuff said), moi avec mon précieux MPman d'une capacité fantabulous de 64 Mo et d'ailleurs bien usé.

Mais force était de constater le succès et la fascination kubrickienne que nous inspirait le petit monolithe blanc.


Et devant lui nous tapions comme
des singes sur des os

Et le futur ? Nous étions dans une réunion prospective.

Bon, quelqu'un a dit "un jour les Ipod contiendront 64 Go de données". Peu imaginatif.

Un autre a dit "un jour les Ipod pourront échanger par bluetooth les MP3. Vous croisez quelqu'un et vous écoutez ce qu'il écoute. " Pas mal !

Autre proposition : "un jour les Ipod n'auront plus de disque dur. Tout se fera en streaming depuis l'internet. " Wow O_O' très visionnaire.

Encore : "un jour les Ipod contiendront TOUTES LES MUSIQUES DU MONDE ever", ce qui faisait baisser le niveau du débat, mais il était peut-être allé aux toilettes entre temps je ne sais pas.

Ok et moi j'ai dit : "un jour les Ipod contiendront juste 10 chansons. " 

Bon c'était de la provoc', mais voilà quel était mon raisonnement.

A quoi bon avoir des milliers de gigaoctets de musique ?

Quand le porno a débarqué sur Internet, j'ai vu des mecs maladivement télécharger des vidéos / images. J'en faisais partie, faut pas croire ! En 2 000 un de mes collaborateurs a calculé que s'il consacrait 5 secondes à chacune des photos qu'il possédait, il lui faudrait 120 ans pour tout voir. Mais il continuait à télécharger ! Comme si nous avions manqué de matériel culturel (et notamment pornographique), comme si la gratuité nous rendait fous.

Mais avoir 150 000 Mp3 sur vous ne vous aide pas à écouter ce que vous voulez, c'est à dire, une très chouette chanson. Au contraire, vous allez peut-être passer votre peu de temps libre à switcher vos chansons pour trouver la meilleure.

Nous sommes un peu comme l'industrie du jeu vidéo en 1992 : le CD Rom vient de sortir, mais l'industrie n'est pas prête. On passe d'un support, la disquette, pouvant contenir 1,4 Mo, au CD Rom, qui peut en contenir 640 Mo. On fait des jeux selon des méthodes classiques, on y colle de la vidéo pour remplir l'espace, mais cela ne change rien à l'expérience.

Nous étions, et nous sommes toujours encore, dans cette ère du "J'ai trop d'espace numérique mais cela ne résout pas mon problème principal. "

Je suis en quête de la playlist "ultime", celle qui est la plus restreinte possible, 20 musiques par exemple, mais parfaite. N'importe quelle chanson vous fait passer un bon moment. Il n'y a pas encore de moyen technologique (peut-être Pandora, interdit en France, hélas) pour atteindre ce but.


Pandora, le "Music Genome Project"

Vous allez me dire également qu'une bonne chanson correspond à un état d'esprit du moment. Je n'ai pas dit que j'avais la solution, j'ai juste un problème que l'espace disque grandissant des supports mobiles ne solutionne pas.

Comme quoi la taille de espace disponible ne compte pas vraiment, l'important, c'est la façon dont vous vous en servez.

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