lundi 12 septembre 2011

Gentil Organisateur - une petite histoire

Bonsoir.
Depuis ce matin j'ai cette histoire dans la tête, et la seule façon de m'en sortir, c'est de l'écrire. Je vais enfin pouvoir penser à autre chose !
A ceux qui liront, bonne lecture !

Gentil Organisateur

Avant que je vous dise pourquoi je vais passer une semaine vraiment difficile, un petit mot de contexte. 

Les extra-terrestres ont débarqué il y a quelques années sur la Terre. Oh, pas comme dans les blockbusters US, avec des vaisseaux titanesques et une cérémonie de dictature africaine, non, ils sont arrivés chez nous comme par hasard, comme une route prise par erreur par deux types saouls et qui amène dans un paisible hameau coupé de la civilisation. En fait, les hurluberlus avaient raison, certains d'entre-eux étaient déjà parmi nous, à se dorer la pilule au soleil, trop heureux d'être loin de la masse grouillante de leurs semblables, et l'ouverture de l'humanité à la civilisation cosmique les a poussé à chercher un autre coin tranquille dans l'univers.

Pour tout dire, cela a été frustrant à de nombreux titres. Les extra-terrestres sont nombreux, très divers, ils se connaissent presque tous. Chez eux, y a pas de Jésus, de Dieu ou d'Allah, ce qui a embêté pas mal de monde ici-bas. Enfin, et même ceux qui ont l'air de grosses éponges, ils se déplacent plus vite, voient mieux, sont plus malins, et réduisent toutes les augustes découvertes des hommes à des petites lignes en bas d'ouvrages bientôt oubliés.

Parmi les nombreux programmes destinés à ce que les humains ne haïssent pas les aliens et vice-versa, on a mis au point une sorte de voyage scolaire inter-espèces : dans un car classique, on colle une dizaine d'ados avec une dizaine de...ben, de jeunes extra-terrestres, on les chaperonne avec des types super-entraînés style spationautes qui auraient fait la légion étrangère, et on espère que les mioches conservent un bon souvenir de leurs camarades. 

Et le type surentraîné, c'est moi. A part qu'il n'y a pas vraiment d'entraînement pour cela.

En fait, c'est pas trop que je craigne pour la vie des enfants, ils peuvent aller au diable, mais marcher sur les pieds d'un alien qu'est peut-être le fils du général de je sais pas où, et ben adieu la race humaine, voyez le topo.

Les aliens arrivent un par un. D'où, on ne sait pas. Ils apparaissent dans un coin de mur, dans une ombre, dans un rayon de lumière, et oui, aussi dans des spationefs. Parfois accompagné d'un adulte. Ils sont très polis. 

Une jeune autochtone de Rigel s'approche de Margot, son binôme humain pour la semaine qui va suivre. Margot, cette jeune fille aux cheveux noirs, qui a validé ses tests psychologiques et qui a été tirée au sort. Enfin, validés...je la voyais sans mal donner des coups de pieds dans les tables, à dire à sa mère qu'elle était une conne et ainsi de suite, mais bon, facile d'être sage pendant les tests. La Rigelienne (?) (je dis "La" mais ce n'est que mon impression), une silhouette humanoïde, élancée, à la peau diaphane, transparente, légèrement rosée, avec un mufle de girafe, peut-être des yeux. Elle est habillée avec des vêtements d'ici. Un jean recousu pour ses articulations inversées et un t-shirt qui lui tombe sur sa poitrine en creux. Elle déclare d'une voix lumineuse :

- Salutations à vous mademoiselle. Et salutations à vous, cher accompagnateur.

Devant nos mines étonnées elle poursuit, avec une sorte de fierté de pimbêche :

- Je maîtrise parfaitement votre langue, toutes vos langues. Cela m'a semblé un minimum puisque pour nous cela ne représente pas un effort. Et ainsi vous serez moins perturbé par nos altérités respectives.

Je les installe dans le car, aux premières places. La pimbêche déclare :

- Merci pour cette place. Agir autrement aurait été vous comporter en enculé de sa mère.

Bien sûr, Margot pouffe et la rigelienne prend un air mortifié :

- J'ai dit une bêtise ? Je dois vous avouer que j'ai du mal avec la locution "enculé de sa mère". Elle ne suit aucune logique grammaticale, n'est ce pas ? Si j'avais dit "enculeur de sa mère", voilà qui aurait eu du sens. Même si je ne saisis pas le lien sémantique de cette description d'un acte biologique lié aux dérivés de vos rites amoureux. Mais ce n'est pas ainsi que vous le prononcez usuellement. J'ai pensé à une expression à clef comme votre peuple l'utilisait au Moyen âge. Vous ne pouvez dire en permanence quelque chose qui n'aurait aucun sens, n'est-ce-pas ?

Je me permets d'intervenir en disant simplement :

- Voilà une approche très intéressante. Laissez moi installer vos compagnons de voyage et poursuivons cette fascinante conversation.

Déjà dégoulinant de stress, je présente PALOURDE (en capitales) à Jonas. PALOURDE est un champignon jaune qui ressemble vaguement à une éponge. On ne voit rien de lui sinon des trous et de la substance jaune. Heureusement, il a autour de lui, accroché par une chaîne, un petit synthétiseur de voix dépourvu de toute émotion, mais dont le rythme un peu sec faisait transpirer la personnalité vive de cet habitant des astéroïdes d'Aldébaran.

Un flash m'aveugle, et je vois un petit truc transparent, que l'on a recouvert de peinture marron autour des yeux pour ne pas que l'on trébuche dessus par inadvertance sur lui. Il a un appareil photo de chez nous, à l'ancienne, et sa voix haut perché m'interpelle :

- Accompagnateur, on pourra voir des femmes humaines se mettre du rouge à lèvres ?

Je rassure le petit bonhomme en me creusant la tête pour trouver quelqu'un dans le staff qui - (ah, oui, la conductrice) - et je demande à PALOURDE et Jonas d'entrer dans le car. PALOURDE, en bonne vieille éponge, avance comme un escargot et Jonas, un grand échalas avec des cheveux clairs ramenés en arrière, n'est pas plus pressé. Sur le chemin, PALOURDE et Jonas ont ce charmant échange :

- Cher ami de ce voyage. Comptez-vous à un moment vous reproduire avec l'une de vos femelles ? 
- Quoi ? Euh, mais non !
- Je vous proposerais bien de vous reproduire avec moi, mais je n'ai pas d'opercule vaginal.
- Euh, merci ?
- Vous pourriez répandre votre sperme sur moi, sinon.

Jonas me tourne des yeux suppliants. Je le tiens par les épaules, façon "courage mon gars, serre les dents, c'est bientôt fini", mais c'est surtout moi qui serre les dents. PALOURDE poursuit sa pensée :

- Vous ne dites rien. Vous confirmez ma théorie. [...] Vous ne dites toujours rien. Je vais vous exposer ma théorie. J'ai regardé nombre de vos productions sur les rapports sexuels et dans nombre d'entre eux les mâles ne répandent pas leur sperme dans les femmes mais sur le derme de celles-ci. Je pense avoir compris qu'en plus de la reproduction vaginale telle qu'elle est décrite dans vos ouvrages officiels, vous pouvez également ensemencer vos femelles en répandant le sperme à l'extérieur de celles-ci, comme les poissons. Mais comme vous méprisez les poissons en tant que sous-race, vous ne voulez pas que ce mode de reproduction parvienne à la connaissance des races des autres mondes. Une sorte de tabou religieux.

PALOURDE est interrompu par un autre flash, encore le petit bonhomme qui dit :

- Accompagnateur, on pourra voir des femmes humaines se mettre du rouge à lèvres ?

PALOURDE est fier d'expliquer :

- Oui nous en verrons ô ami d'un autre monde. J'ai d'ailleurs une théorie à ce sujet. La libération du sperme chez les mâles humains est précédé du gonflement d'un appendice sexuel. Ce gonflement nécessite beaucoup de fluides corporels et prive de ce fluide les organes cognitifs, le cerveau, et abolit son discernement. En mettant du rouge sur les lèvres, les femmes permettent aux hommes de se concentrer et de ne pas libérer le sperme trop loin d'elles. Dans leur bouche en fait, maquillée ainsi comme un opercule vaginal, et ensuite, manuellement (ou par des voies internes) elles poursuivent elles-mêmes le processus d'ensemencement. Mon ami Jonas, avez-vous déjà libéré ainsi votre sperme sur une femme ?
- Non !
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas, non, c'est tout.
- Il n'y a pas de femelles là où vous vivez ?
- Mais si...
- Vous êtes atteint d'une maladie ? Mon peuple pourrait vous soigner.
- Non...
- Vous êtes rejeté pour des raisons claniques ? 
- Quoi ?
- Vous estimez que l'humanité est déjà trop nombreuse et participez à sa régulation en refusant de vous reproduire ?
- Franchement, votre histoire d'opercule vaginal m'a fichu la gerbe. 

J'interviens auprès de Jonas qui commençait à se sentir mal et déclare : 

- Notre ami est fasciné par la reproduction sexuée...il ne se reproduit lui même que par essaimage de ses spores, donc...

Ma chemise colle sur tout mon dos tant je transpire. Mince ! Je vois à l'extérieur un émissaire. Je vais l'accueillir.

Les émissaires représentent la race la plus puissante de l'univers, bien que si vous voulez mon avis, s'il existe une race super puissante, elle se gardera de se déclarer comme telle. Néanmoins les émissaires sont reconnus en tant que tels par tous - et ils sont très grands, grands comme un petit van ; nous avons aménagé, derrière le bus, une remorque spéciale. L'émissaire ressemblerait à un grand marsupial recouvert de grosses plaques épaisses et disjointes comme un tatou, et communique en aspirant et expirant l'air par celles-ci, comme un gros accordéon soupirant.

J'arrive, et - même s'il n'est que l'équivalent d'un môme de seize ans - danse une petite révérence.

Mais je ne vois pas celle qui devait être son binôme. En fait, un garçon passe le cordon de sécurité et s'approche. Je vois qu'il a une main qui tombe comme si elle était paralysée. Il me dit qu'il est le cousin de la petite, qu'elle a pas pu venir...etc...en temps normal, bien sûr que je lui aurais donné un coup derrière l'oreille et basta, mais là, avec l'émissaire qui me regarde curieusement derrière, je me penche sur le gosse, un certain Lucas, et je lui dis : Pas un mot de trop, sinon...

Le frêle petit bonhomme s'approche de l'énorme créature. Celle-ci soupire :

- Je viens de m'apercevoir que je ne sais comment me nommer pour toi. Nous nous nommons avec des odeurs. Vous nous appelez émissaires.
- Je m'appelle Lucas. Vous venez d'où ?
- Je viens de Canis Major, d'une étoile anecdotique au regard de votre race, puisque vous lui avez longtemps donné un long numéro vide de sens. 
- Canis Major, alors Gros Chien, cela va ?

J'interviens :

- Gros Chien, ce n'est pas respectueux. L'émissaire sait que nous traitons de chiens des semblables de peu de valeur.

L'émissaire soupire, presque chantant :

- Gros Chien est respectueux, car la spontanéité est respectueuse. Il y a ceux parmi vous qui traitent les autres de chien, ceux qui les traitent comme des chiens, mais ceux qui considèrent que les chiens sont leurs meilleurs amis. Lucas, aimes-tu les chiens ?
- Oui, les chiens sont gentils.
- Je n'ai pas les schémas mentaux qui me permettent d'éprouver de la gratitude ou le sentiment d'être honoré, mais fut-ce le cas, cette appellation les stimulerait. Lucas, c'est le début d'une longue amitié, je crois bien.

Et Gros Chien le guida jusque dans la remorque.

Je regardais ma montre. Seulement dix minutes s'étaient écoulées. J'étais détrempé de sueurs froides. 

Et cela durerait une semaine.

2 commentaires:

  1. La dernière phrase est bof.
    Je kiffe ton style.
    Voilà! o/

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  2. Drolement sympathique, je ne regrette pas d'avoir remonté le cours du blog.
    Quoi que le reste était bien aussi, bien sûr

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Merci de lire mon blog