vendredi 28 octobre 2011

Des premières secondes révélatrices, constats sur Morrowind et conjectures sur Skyrim

Un tour de magie bien executé, nous apprend Le Prestige, comporte trois parties : la promesse, la surprise, et, justement, le Prestige. Cette dernière composante est l'émerveillement dans l'émerveillement, l'espoir qu'on puisse toujours repousser les limites.

Dans la magie d'une histoire, l'auteur nous promet en général qu'il va vous raconter une histoire qu'il a conçu. En général, parce que parfois hélas il avance à tâtons, tâchant de nourrir le Moloch d'un impératif marketing. Autrement dit, il ne connaît pas bien sa propre histoire. 

Je vois le prestige d'une histoire à la faculté qu'a eu l'auteur de nous mettre sous les yeux, et dès les premiers instants, les clefs cachées de sa compréhension. Voici deux exemples étonnants.

La Campagne Impériale est une série de scénarios pour le jeu de rôle Warhammer. Cette campagne a été élue à de nombreuses reprises "meilleur scénario de jeu de rôle de tous les temps", et pour d'excellentes raisons.

Les illustrations sont de J. Blanche

Dans cette histoire, le prétexte pour pousser les personnages joueurs (au début de l'histoire de simples paysans ou mendiants) à enclencher un voyage vers la capitale est un appel d'offre à des aventuriers pour rechercher un marteau légendaire. Ils ont cet avis en poche, et sur leur chemin leur arrivera d'incroyables et fascinantes aventures ; ils auront vite oublié leur motivation initiale et passeront de la capitale aux différentes régions du pays, puis d'autres pays encore ; ils s'attireront l'amitié des puissants et le respect d'ennemis, ils deviendront eux-mêmes des légendes. Et après des années en temps réel de jeu, leur pays sera ultimement mis en péril, ils devront se mettre en quête...du marteau légendaire évoqué au début. Ce rappel des origines et cette mise en perspective d'une même mission (des années plus tard, connaissant les enjeux du monde, ce type de quête n'a plus du tout la même signification...) est la preuve d'une solide cohérence dans l'écriture de cette histoire.

Le fameux Warhammer

Le deuxième est plus étonnant encore.


Morrowind est le troisième jeu de la série des Elder Scrolls développée par Bethesda Softworks. Avant que le fondu au noir des premières secondes du jeu face place au prologue, le thème principal s'enclenche.


Oui, je sais, ça va vous donner envie d'y rejouer

La mélodie s'intitule Call of Magic, et elle sera reprise sur un rythme plus enlevé dans Oblivion, propice à l'évocation des batailles, et sur un rythme plus martial et plus épique dans Skyrim avec l'adjonction de choeurs. Ce qui dénote c'est ce battement lent dans la musique, qui sera repris tout au long de l'aventure. 

J'ai longtemps cru que ce rythme marqué symbolisait le pas fatigué du voyageur sur l'ille de Vvardenfell (sachant qu'on marche beaucoup beaucoup dans le jeu !). Mais à la fin tout s'éclaire : l'enjeu de l'aventure n'est autre qu'une titanesque créature inachevée, scellée au sein de l'ïle, dont le coeur bat encore ; et ce rythme à deux temps, depuis le tout début du jeu, qui marque vos pas, et bien c'étaient justement les battements de cet immense coeur !

Quelle magnifique idée.

Skyrim va être mis à la vente le 10 novembre prochain, si Akatosh le veut bien, et je me plais à imaginer que ce jeu aura la cohérence globale qu'avait Morrowind. J'avais prédit, mais cela ne s'est pas vérifié, que le Y de Skyrim se fondrait dans le V du cinq romain, nous verrons.

Nous retrouvons, contrairement à Oblivion, des battements de coeur à nouveau.



Des choeurs reprennent les paroles suivantes :

Dovahkiin Dovahkiin
Naal ok zin los vahriin
wah dein vokul mahfaeraak ahst vaal
ahrk fin norok paal graan
fod nust hon zindro zaan
Dovahkiin fah hin kogaan mu draal

ahrk fin kel lost prodah
do ved viing ko fin krah
tol fod zeymah win kein meyz fundein
Alduin feyn do jun
kruziik vokun staadnau
voth aan bahlok wah diivon fin lein

C'est un langage propre à l'univers du jeu, qui peut se traduire par :

Sang-dragon, Sang-dragon
Lié par l'honneur
de repousser pour toujours le mal
et les plus terribles des adversaires reculent
quand ils entendent ton cri triomphal

Sang-dragon, nous prions ta bénédiction,
les écrits ont prédit
des ailes noires dans le froid
quand les frères se livrent bataille, arrive alors
Alduin, le fléau des Rois
l'ombre ancienne déchaînée
affamée d'engloutir le monde.

Que nous disent ces deux couplets ?

Le héros a le sang du dragon en lui, cela on le savait déjà. Le héros dispose d'un "pouvoir du cri" immanent à sa condition.

Le deuxième couplet est plus intéressant, il prédit la venue d'Alduin, il s'agit d'un Dieu de la destruction propre aux mythologies Nordiques et prenant forme d'un dragon noir. Cependant, sa venue serait déclenchée par la bataille des frères. S'agit-il d'une métaphore expliquant une guerre civile ? Une guerre entre deux seigneurs ? Ou l'existence d'un double noir du héros ? (cette dernière hypothèse étant la plus faible, par tradition un voile de mystére est toujours posé sur les héros des Elder Scrolls.) Nous en saurons plus dans une dizaine de jours.

Enfin, le battement de coeur est peut-être un indice qu'une créature immense vit elle aussi sous Skyrim.

Call of Magic reste un thème puissant, qui lie le monde de Tamriel plus certainement que sa cohérence maintes fois démontrée dans le caractère exhaustif et détaillé de l'univers. Cette idée est plaisante dans la mesure où tous les univers de fantasy moderne sont héritiers du travail de Tolkien, qui imagina que son monde imaginaire était né d'un chant.

1 commentaire:

  1. Belle référence au meilleur film de tous les temps, « Le Prestige » !

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