mercredi 26 octobre 2011

Projet de traçabilité totale de l'argent

Ah l'argent, l'argent, le bel argent. Qu'il doux d'en avoir, qu'il est dur de le gagner.


Ma fortune

Quand je paye des impôts, (pas besoin d'être riche pour cela, c'est dans le 19,6% de tva de vos t-shirts Che Guevara), je me dis : est-ce que ces sous que je paye vont aller financer cet hôpital qui va soigner mes yeux, ou même, soyons altruistes, les yeux de ma voisine, ou financer les parties fines des chefs de commission en goguette à Lille, ou même le rapport sur la mondialisation de Christine Boutin (qui travaille dur, elle, s'est-elle justifiée) facturé au contribuable 180 500 € pour 357 pages, soit 500 € la page, j'espère qu'il y a des chouettes dialogues dedans (c'est les dialogues que je préfère dans les histoires).


Mais faites-la taire bon sang

J'ai imaginé le système suivant : on associe à chaque centime d'euro un identifiant qui permet de tracer sa position. Ainsi, théoriquement, le centime d'euro (ou le tas de centimes d'euro) que j'ai dans ma main, je sais d'où il vient, je sais où il ira.

Penchons nous sur la faisabilité technique de cette expérience de pensée, nous verrons les détails éthiques par la suite - je ferais un excellent savant fou.

La masse monétaire mondiale est d'environ 11 000 milliards de dollars.

En raisonnant en centimes d'euros, cela fait en gros 1 million de milliards d’éléments à suivre.

En supposant que l'historique soit de la forme "identité : date" (par exemple : numéro de sécu / 01/11/11) et que l'on stocke l'historique de 500 transactions, cela fait environ 10 Ko par entité)

La base de données chargée de cette traçabilité, si elle était faite par un débutant comme moi, ferait donc 10 exaoctets, soit 10 x 10^18 octets. A titre d'information, la base de données du LHC devrait à terme être de l'ordre de l'exaoctet. Nous ne sommes pas, même en étant pessimistes, dans le domaine de la science-fiction technologique.


Et pourtant, ça glande grave au LHC

A présent, il n'est pas forcément utile de tout décomposer centime d'euro par centime d'euro. L'argent se déplace en gros "morceaux" parfois de l'ordre du milliard d'euros. Le traitement condensé, associé à d'autres techniques d'optimisation, pourrait rendre ce projet complètement appréciable.

En ce qui concerne la logistique de mise en oeuvre, les acteurs sont déjà en place ; on se demande pourquoi la représentation ne commence pas déjà.

Effectivement, les personnes physiques comme les personnes morales disposent déjà d'un numéro d'identification unique (N° Secu pour l'un, RCS pour l'autre). Les billets de banque disposent d'un numéro identifiant unique ! Enfin, les banques gardent la traçabilité des transactions, environ 1 an pour les banques françaises de façon numérique / en ligne, et forcément 10 ans sur divers supports (microfilms, notamment) pour être en conformité avec la loi. Toutes ces transactions disposent bien évidemment elles-aussi de numéros d'identification uniques.


Et bien découvert = agios, qui a une énorme
rentabilité en ces temps de crise, c'est pas secret.


Quel est l’intérêt réel d'un tel dispositif ?

Tracer l'argent, et notamment les liquidités, permettrait de lutter très efficacement contre le blanchiment d'argent. Si des entreprises, même des petits commerces, reçoivent des liquidités sans qu'ils se retrouvent dans les bilans annuels, un rapprochement immédiat pourrait les détecter. De même, suivant le déplacement géographique de l'argent, il serait possible de déterminer les activités de travail non déclaré ou illégal.

Les fraudes bancaires seraient pratiquement impossibles car en cas de transaction frauduleuse (par exemple vol de carte bancaire), l'argent pourrait être repris au centime près et surtout le fraudeur identifié personnellement, ce qui épargnerait des coûts d'assurance.

Plus finement, cela permettrait aux gouvernements de s'affranchir des banques en matière de surveillance des flux financiers. Comme on l'a vu, la Suisse n'a pas vraiment apprécié que les US lui demandent des comptes, ce qui a entraîné des atermoiements folkloriques (affaire Polanski). Avec une surveillance, forcément automatisée, des flux, nous arriverions à cette clarté financière que les divers associations alter-donne-moi-des-sous-pour-mes-frais-de-fonctionnement-mondialistes réclament sans proposer de solutions factuelles.

Ouais, ben, prouvez-le parce que toutes les alternatives
se sont soldées par des bains de sang.

D'un point de vue éthique, il y a un problème important lié à la vie privée. Je ne le trouve pas si important dans la mesure où votre banquier connaît déjà une grande partie de la nature de vos transactions. Bien sûr, il y a le secret professionnel, mais les hommes restent les hommes, et s'il voulait fouiller dans le détail de vos flux financiers, il le pourrait. C'est d'ailleurs sur cette base de "pudeur du portefeuille" que certaines arnaques se montent : en Australie, un vendeur de vidéo X n'a jamais livré ses milliers de clients, et aucun d'eux n'a porté plainte...personne ne voulait porter devant la justice ce type de relation fournisseur.


Il aurait vu que vous avez acheté The Last Airbender
sur Xbox360 juste pour les achievements

Les espèces sont là pour diluer l'origine et la destination des transactions. Mais dans un monde qui, disons, se sécurise, il est possible qu'elles deviennent aussi rares que, par exemple, les lingots d'or dans le cadre de la vie quotidienne. Aujourd'hui dans les entreprises pour qui fluidité a un véritable sens, comme McDonalds, vous pouvez faire des transactions CB pour 1 €.

En Inde, des activistes veulent supprimer les espèces au montant trop important pour décourager la corruption (allez transporter 1 million d'euros en billets de 5...).

Lorsqu'on a voulu fliquer les rues et mettre des caméras partout, des responsables disaient avec une diplomatie médiocre que on avait rien à craindre si on avait rien à se reprocher. Supprimer les espèces serait mettre autant de caméras sur vos activités quotidiennes. Stressant, certes, mais lors des émeutes de Londres on s'est plutôt félicité de la présence de ces innombrables caméras tant décriées jusqu'alors...et vous le savez mieux que moi, les pilleurs d'aujourd'hui sont les cols blancs qui prennent l'argent tant qu'il n'a pas encore d'odeur.

3 commentaires:

  1. Au-delà du problème de respect de la vie privée très justement évoqué, bien qu'un peu trop vite balayé à mon goût, se trouve aussi le problème de la sécurité des transactions. En effet, des petits malins trouveront sûrement un moyen pour non seulement s'introduire dans la base de données, mais aussi de changer l'ID de l'argent échangé, voir de créer de l'argent par une simple manipulation informatique.

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  2. Certes, mais à ce moment là, on peut aussi dire que n'importe quel compte bancaire est susceptible d'être hacké et des fonds volés...

    Par ailleurs il s'agit d'un suivi, pas des fonds eux-mêmes.

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  3. Un autre problème potentiel : le blanchiment pourrait être facilité en créant des serveurs qui s'échangent l'argent de manière automatique, ce qui serait plus discret et rapide que des sociétés écrans.

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Merci de lire mon blog