jeudi 10 novembre 2011

Jeux de mots intraduisibles, notes de bas de page et Jeux vidéo

Monkey Island 2 est une référence de la saga LucasArts des années 90's. Inventif et amusant, mais aussi inquiétant, ce bonbon doux-amer a posé à la société Art of Words chargée de la traduction un gros problème : à un moment le héros, qui transporte sur lui un singe (vivant, mais il transporte aussi un chien vivant, c'est un détail), doit verrouiller une borne à incendie (sur une ile de pirates, dit comme cela c'est confus mais il y a un contexte).


Sinon l'ambiance est plutôt festive

L'action pour résoudre la situation est : "utiliser singe avec borne à incendie". Parce qu'en anglais, une clef anglaise se nomme monkey (singe) wrench, et que c'est l'idéal pour manipuler une borne à incendie. Les objets étant symbolisés par une image et donnant lieu à une animation, c'est tout simplement intraduisible.


Et puis voilà pourquoi ça s'appelle Monkey Wrench.
C'est chouette cette façon imagée d'appréhender les choses.

Et c'est là qu'on se dit qu'une petite note de bas de page serait bien sympathique.

Et c'est ce qu'a fait Art of Words par la suite ! Effectivement, je ne sais pas si vous êtes de ces types qui lisent le manuel, mais dans Day of the Tentacle, le manuel précise l'anecdote de George Washington et du cerisier, référent culturel qu'il manque pour résoudre une énigme du jeu. (le manuel précise également qu'il ne faut pas dire à son prof d'histoire que Thomas Jefferson avait une énorme signature pour "impressionner les filles" comme prétendu dans le jeu !).


Hoagie, un roadie, transporté via une machine temporelle au
moment de la signature de la déclaration d'indépendance. #DOTT.

L'impact d'internet a induit des processus de création de jeux accessibles au monde entier - même si quelques exceptions demeurent sur le marché à la fois très prolifique et très hermétique du Japon. La question de la "note de bas de page" ou de l'incompréhension culturelle n'est donc plus d'actualité.


Pour les autres, il y aura toujours Katamari Damacy



Revenons pour conclure à un jeu destiné à ne jamais être traduit ; Legend Entertainment a signé dans son chant du cygne un certain Companions of Xanth, tiré de la saga gentillette de Anthony Pierce.


Le jeu vaut mieux que tous les livres, si
vous avez plus de 12 ans, that is.


Le héros, un ado est attiré via un jeu vidéo (les jeux qui mettent en action des joueurs de jeu vidéo, façon mise en abyme, sont assez nombreux : Captain Blood, Ultima VII, Bargon Attack, Eternam, je me demande si c'est un effet de mode sympa ou un manque d'imagination ?) dans le monde de Xanth.


Ultima VII est lui parfaitement traduit en vieulx françois.

Arrivé là, 100% des énigmes de ce semi point'n'click (techniquement, pour les intéressés, un parseur texte avec une couche graphique totale, contrairement au Scumm développé partiellement par le Gauss de l'informatique ludique, Chip Morningstar) sont basées sur des jeux de mots.




- Vous avez une jarre (jar) pour ouvrir une porte. Vous la posez devant et vous avez a door ajar (une porte entrouverte).

- Vous avez des fleurs et avez besoin de faire du pain. Vous mettez les fleurs dans le four parce que flower (fleur) et flour (farine) sont homophones.

- Vous devez ouvrir une fenêtre et vous avez des analgésiques, il vous suffit de mettre ceux-ci sur la fenêtre, parce que painkillers suppriment les panes.


La fameuse énigme des panes, à 5 minutes de la fin,
mais qui m'a pris des heures.

Cela reste un jeu charmant - et une façon tout aussi charmante d'apprendre l'anglais.

Et cela démontre aussi que si parfois la traduction est une trahison, certains trésors linguistiques resteront définitivement hors de portée, même dans un domaine aussi populaire que le jeu vidéo : ce sera donc à nous de faire l'effort d'aller les cueillir.

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