jeudi 3 novembre 2011

L'audience des premières fois et sa rentabilité économique

Cela vous est certainement arrivé : vous êtes au ciné, ou dans la rue, et là vous voyez une présentation (ou une affiche) d'un film qu'il vous semble avoir vu déjà mille fois.

Angoisse

Disposant d'un bon esprit critique, vous avez soupiré : Quoi, encore ? Encore un film racontant l'histoire d'un enfant et d'un animal mignon ? Encore un jeu vidéo de zombies ? Encore un super-héros masqué ? Mais pourquoi ! Puisqu'il y a déjà d'excellents films / jeux vidéo / whatever déjà créés, pourquoi ne pas faire quelque chose de plus subtil, tenez, Mulholland Drive, en voilà un chouette film qui vous retourne la tête.

Comme ces productions coûtent de l'argent, il est raisonnable de penser que ceux qui les réalisent se sont posés cette même question : vais-je avoir du public, du succès, avec cette oeuvre dont tous les traits ont déjà été appliqués par d'autres que moi et avant moi ?

Déjà vu

Posons la question différemment : puisque je fais une oeuvre identique à ce qui a déjà été créé auparavant, pour quelle raison quelqu'un viendrait-il voir mon film puisqu'il a déjà probablement vu l'ancien ?

Et bien parce qu'il voit ce film pour la première fois. C'est une personne qui va au cinéma pour la première fois de sa vie.

Est-il rentable économiquement de s'adresser à des personnes qui vont pour la première fois au cinéma ?

Petit calcul : (c'est en gros, hein)

60 millions de français
90% d'entre eux sont déjà allés au cinéma ou vont y aller dans leur vie (voyez, je suis pessimiste)
Cela fait 54 millions de personnes qui sont allées au moins une fois au ciné dans leur vie (ou qui ont acheté ou loué un film)
On suppose que cette "première fois" se situe entre 5 et 60 ans, soit une marge de 55 ans.
Cela veut dire qu'en gros, cette année 2011, 1 million de personnes vont voir un film pour la première fois de leur vie au cinéma. Par extension, il y a d'autant plus de personnes qui vont voir une typologie de film chaque année au cinéma. Et ce chiffre bien sûr va croissant avec le temps.

Et sur la France seule.

Le même calcul peut se faire avec les jeux vidéo ou toute autre industrie.

Ainsi, faire un film nécessitant une bonne culture cinématographique ou culturelle implique un risque plus fort, car aléatoire, qu'un simple film de "première fois" qui lui dispose d'une base assurée.

Je les vois mal enchaîner sur un Starcraft 2


Sous le terme "première fois" se cache bien entendu tout ce qui a été labellisé Casual il y a quelques années et a créé la fortune de Nintendo et d'Apple. Et ceux-ci ont d'autant plus déséquilibré l'équation en voulant faire jouer ou rendre adeptes de la technologie des typologies de marchés jusqu'ici vierges, les seniors, les mères de famille...ils ont tellement bien réussi, que certains croient encore que Geek et Nerd sont des qualificatifs cools !

Un produit de "première fois" réussi, c'est un produit au goût du jour. Il doit être en 3D si la 3D est à la mode, il doit être porté par les principes graphiques hypes du moment. Car il a vocation de prosélytisme - et c'est  justement cette débauche de déjà-trop-vu qui rebute les consommateurs culturels réguliers.

Paradoxalement, ceux-ci ont une faim de nouveauté. Mais qu'est-ce que la nouveauté sinon une forme personnelle et intime de première fois ?

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