jeudi 8 mars 2012

Et si tricher avait un sens ?

Tricher, c'est pas bien.

Enfin, c'est sympa quand même. Vous jouez au Monopoly avec votre petite soeur, et vous planquez des billets en douce partout dans la maison, vous faites le banquier...etc...d'ailleurs, quelle tristesse que dans les versions informatiques du Monopoly on ne puisse pas tricher !

Mais on peut tricher dans les jeux vidéo.

Des mots de passe hérités des protocoles de débuggage pour se téléporter à la fin du jeu ou avoir des vies à l'infini. Mais c'était une époque où les jeux étaient fichtrement difficiles. J'ai appris à utiliser un éditeur hexadécimal et lire des infos à même les bits grâce à l'infernal X-Wing : c'était plus difficile de finir ce $#(@! de jeu que d'apprendre à hacker les programmes.

Il y a même un business de la triche, avec l'édition de magazines dédiés au sujet :


Utiliser l'ancien testament pour promouvoir la triche
le bon vieux temps sans Familles de France 


Aujourd'hui il existe des sites dédiés pour finir rapidement les jeux, comme Gamefaqs, mais ceux-ci brillent par des solutions (soluces / walkthrough) et stratégies plus que le hack pur et dur d'un jeu.

Tristement, le hack de jeu permet aujourd'hui d'accéder à des endroits codés par les créateurs mais inaccessibles pour des raisons de bugs et d'instabilité native du jeu - une spécialité Bethesda.

La triche hardcore est parfois tolérée voire encouragée par les créateurs de jeu. Par exemple GTA San Andreas est un open world fun ; mais déclencher des courses poursuites avec la moitié des forces de l'armée américaine vous donne rapidement un game over. Pour pouvoir s'octroyer ces moments de fun les codes existent - mais une fois enclenchés, ils empêchent la progression de scénario, contraignant néanmoins le joueur à finir le jeu de façon fair-play.


Et puis en changeant un petit bit dans le fichier
de config, on a droit à des scènes cachées


Nethack, le prince des jeux, dispose également d'un mode de triche dite pédagogique : à tout moment vous pouvez dire "à partir de ce moment, je triche". Le jeu ne s'arrête pas si vous mourrez (vous pouvez continuer à jouer) et donc vous pouvez finir le jeu - mais votre score ne sera pas compté. C'est une façon intéressante d'explorer ce jeu mortel. 

Demon Souls, digne successeur moderne de Nethack en terme de difficulté, a fait encore mieux : en distillant les "optimisations" possibles des stratégies dans les forums, ses créateurs ont créé un buzz autour de celui-ci. 


Un cauchemar fait jeu

Mais il y a encore mieux : voici un livre-jeu, Le Prisonnier, de Rosenthal.

Bonjour chez vous

(Pierre Rosenthal est une figure majeure du Casus Belli historique + le créateur de nombreux jeux de rôle papier de référence + intervient chez Blizzard - World of Warcraft)

Le prisonnier est un livre dont vous êtes le héros au concept terrifiant d'audace. Comme dans la série éponyme, vous êtes prisonnier d'un complexe dans lequel vous organisez vos journées. Si vous explorez toutes les possibilités offertes, vous restez prisonnier. Ce jeu ne présente aucune solution loyale.

Face à ce constat d'échec, le joueur frustré et prisonnier (l'écriture expérimentée de Rosenthal appuie cette ambiance de confinement) va éplucher le livre...et donc tricher.

Et en trichant, il va découvrir 3 paragraphes sans aucun lien avec les autres qui lui permettront de sortir.

Il faut donc impérativement et clairement tricher pour s'en sortir. C'est voulu par l'auteur. Mais n'est-ce pas un ressort parfaitement adapté pour illustrer l'ADN narratif du Prisonnier ?

La triche devient, par cet ouvrage, un véritable outil ludique et dramatique - de façon à ma connaissance unique dans l'histoire du jeu. Fascinant.

1 commentaire:

  1. Un de mes meilleurs souvenirs de jeu impossible à terminer sans les vies infini : Rick Dangerous.

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Merci de lire mon blog