mercredi 9 janvier 2013

La traduction des affiches de film

J'ai récemment souhaité mes voeux à un traducteur de métier, lui disant en boutade "moins de trahison, plus de traduction" - ce à quoi il m'a aimablement répondu : "mais à ma connaissance, je n'ai jamais trahi personne."

C'était aujourd'hui la sortie du film The Master par Paul Thomas Anderson. Ce dernier a amplement démontré qu'il était très attaché à l'esthétique et à l'harmonie visuelle impeccable de ses films. Et pourtant, pour une raison assez obscure comme c'est souvent le cas dans le cinéma, il y a un monde entre l'affiche US du film et l'affiche française.

Voici la version US :


Voici la version française (ou presque, je n'ai pas trouvé de version correcte) :



J'ignore si vous estimez qu'un film existe aussi dans son affiche, mais on peut constater tout d'abord que les deux affiches sont différentes.

Les deux affiches délivrent chacune des "messages" préalables au film complètement différents. 

L'affiche française (européenne...) présente les protagonistes dans une tache de Rorschach qui rappelle le monde de la psychologie. Par ailleurs, les affiches françaises sont flanquées d'une critique style "Film génial !" signé Psychologies, un magazine pas vraiment de référence concernant le cinéma.

L'affiche américaine présente une vision kaléidoscopique du trio. Rappelons qu'étymologiquement, kaléidoscope signifie "apparence belle", comme si un prisme pouvait présenter sous un meilleur jour la réalité.

Nous sommes dans deux présentations à la signification profondément divergente.

L'affiche américaine et européenne présentent des "hiérarchies d'importance" des personnages complètement différentes. Dans l'une et dans l'autre les deux personnages masculins ont un rôle inversé. 

Leurs regards pointent dans l'affiche américaine vers le haut, vers la droite, avec une dimension de solidarité et de projet. Dans l'affiche française ils fixent le spectateur de façon sinistre, semblent opprimés.

Enfin, l'affiche française titre en capitales (en réalité des capitales capitalisées) tandis que l'affiche américaine et l'identité visuelle générale du film (dans les bandes originales, d'autres affiches) présentent une composition typographique correcte - dans le sens "pas débile". 

Un mot enfin sur l'effet "papier froissé" de l'affiche française, la petite cerise de la gerbe sur le gâteau du mauvais goût, à mi-chemin entre "je découvre photoshop", "maman aime le scrapbooking", et "je vais confier le contrat à mon neveu il vient d'avoir son diplôme".

Sans voir le film nous avons déjà deux supports de présentation complètement différents. Il est possible que l'affiche américaine soit le fruit des intentions de Paul Thomas Anderson et l'affiche française, disons...une adaptation qui se veut créative.

Mais il y a manifestement trahison, c'est dommage.

5 commentaires:

  1. Je suis d'accord sur la présentation des personnages dans l'affiche, les deux versions ont des intentions complétement opposées. Mais je ne te suis pas sur la typo du titre. Je préfère le titre tel qu'il est sur l'affiche française, je trouve que ça rappelle les affiches classiques des vieux films, et que le fait que lettres soient en capitales correspond bien avec le sens du titre (Le Maître, ça en impose tout de même). La typo discrète du titre US, peut-être dans l'intention de marquer justement une rupture avec le sens du titre, tombe à plat et me donne plus le sentiment de quelque chose d'au mieux prétentieux, d'au pire banal et sans âme.

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  2. L'affiche anglaise me fait penser à Escher https://www.google.fr/search?hl=fr&q=escher&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_cp.r_qf.&bvm=bv.1357700187,d.d2k&biw=1600&bih=1045&um=1&ie=UTF-8&tbm=isch&source=og&sa=N&tab=wi&ei=4BjuUNePOKOd0QXf3YDQBg

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  3. J'avoue que l'affiche française ne me donne pas du tout envie d'aller voir ce film là ou l'affiche originale attire mon regard par sa composition justement originale. L'affiche française parait semblable à tellement d'autres affiches que le film me parait absolument pas exceptionnel, unique. Quel gâchis.

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  4. Et quelle est la justification? C'est pour créer des emplois? Par méchanceté?

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  5. La diversité des affiches proposés pour un même film peut aussi être une richesse. Je n'ai pas vu le film en question, peut être que l'affiche française est en effet totalement déconnectée du propos du film, mais il est aussi possible qu'elle mette l'accent sur une autre dimension du film.

    Je ne comprends pas ce qui justifie l'adaptation d'une affiche de film américain. Nous sommes tellement imprégnés par la culture américaine, nous la connaissons et nous y sommes réceptifs. Je ne vois pas ce qu'un tel changement peut apporter à la promo du film.

    Je n'irais peut être pas jusqu'à parler de trahison. Le réalisateur a peut être un droit de regard sur la promo de son film? En admettant que ce ne soit pas le cas et que l'affiche française soit la création pure d'un graphiste, l'affiche d'un film fait elle partie intégrante de l’œuvre?

    Personnellement je ne pense pas, je ne me fie jamais à la couverture d'un livre, je ne vais pas voir une exposition d'art parce que son affiche m'a plu, je ne porte pas un parfum parce qu'il est contenu dans un jolie bouteille, je ne couche pas avec un bel homme s'il est idiot, ce qui m'intéresse dans tout ça c'est le contenu. Il existe de très belles affiches de films mais ce sont avant tout des instruments de promo à mes yeux.

    B

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