vendredi 27 juin 2014

Watch Dogs, Jeu Next Gen

Puisque Watch Dogs est qualifié de "Gta-like", la comparaison des scènes d'ouverture est éloquente.

Dans GTA5 comme dans WD, dans les premières secondes du jeu, le héros pointe son arme sur un homme.

Dans GTA5, le héros pointe son arme sur un policier et la séquence est réussie s'il tue le policier. Il est ici pour faire un braquage et obtenir de l'argent. Le policier, anonyme, sera le premier d'une immense liste d'anonymes qui seront flingués, écrabouillés, tabassés jusqu'au générique de fin et au delà, the ride never ends.



Dans WD, l'arme du héros est déchargée. Il est là aussi pour faire un "braquage", mais il veut des informations. L'homme qu'il recherche n'est pas anonyme, il sera en filigrane de toute l'aventure jusqu'à son ultime conclusion. Il n'est pas nécessairement plus pur et moins violent que le héros-papa de GTA5, et il avoue que si l'arme avait été chargée il l'aurait tué.

Mais voilà, il ne le tue pas. Et c'est toute la différence de Watch Dogs.



Watch Dogs est un GTA qui prend de l'ampleur quand le héros est à pied. L'exercice du car-jacking est délicat : les citoyens made in Ubisoft ont l'habitude saugrenue d'appeler les policiers quand vous volez une voiture, et lesdits policiers sont des teignes pour vous retrouver et pas vous lâcher, et alors que vous avez quoi, écrasé deux piétons dans la panique, et vous voilà en hors bord en train de quitter la ville vers les grands lacs alors que tout ce que vous vouliez c'était une voiture pour faire 500 m.

Dans WD, vous pourrez faire des missions de nettoyage sans même entrer dans la zone de combat. Plus fort que Batman, les ennemis tombent suite à des "accidents". Il est facile, parfois inévitable, de sombrer dans le conflit armé (où s'exprime une IA intéressante) mais il n'est jamais imposé a priori.

Tout ça pour dire que WD n'est pas un GTA-like, même s'il y a une familiarité dans les contrôles, dans les vues, dans beaucoup de séquences.

L'essence du jeu est différente, et en fait tout ce qui est bien dans WD tient dans ses différences avec GTA5 (qui était pas très bon, on peut le dire désormais).

WD a déçu au premier abord car il est très moche et il souffre de la comparaison avec des jeux d'il y a plusieurs années (sur 360 en tout cas). La première sortie en extérieur fiche un coup de bourdon, et on se demande ce qu'on fait ici, un peu comme si on vous avait invité à la soirée du siècle et que finalement vous vous retrouviez dans un pot de départ à la retraite de la poste de Fleury-Mérogis.

WD est néanmoins next-gen, pas où on l'attendait (dans le decorum), mais dans cette ville qui est vivante et peuplée de gens qui ont tous un nom, un métier, un revenu, et un secret. Des informations auxquelles vous avez accès instantanément.

Avec cet ASV numérique, tout prend de la consistance.

Dans GTA5, par ennui, vous pouviez prendre votre arme et menacer un passant, juste pour le voir laisser tomber son café starbucks de peur et prendre la fuite. Par ennui vous pouviez lui tirer dessus. Cette personne n'est pas grand chose, juste un personnage habillé par le générateur de nombres aléatoires (qui souvent déraillait, nous offrant des autoroutes de voitures identiques).

Mais tirer gratuitement sur un personnage avec une identité plus consistante que la plupart des profils twitter ?

Les biographies de ces inconnus m'ont fasciné.

Je ne pense pas qu'elles soient aléatoires. Enfin, je le pensais jusqu'à ce que je tombe sur des profils comme ce "Michael Bey, scénariste, fan de films de monstres".

En fait, elles excitent l'imagination. Oui, dans GTA vous pouvez suivre des gens (infatigables) vaquer à leurs occupations. Vous pouvez même fantasmer sur des situations. Un jour dans GTA4 je suis rentré par accident dans une voiture verte à Brooklyn. Un rabbin en sort et écarte les bras, excédé. J'entends du coup la musique de sa voiture : du Heavy Metal. Son moteur prend feu et il se met à courir de terreur.
Beaucoup de choses sont imaginables avec ces éléments conjoncturels mais ils sont le fruit d'un "heureux hasard".

Dans Watch Dogs, j'ai croisé la nuit, dormant ivre à l'ombre d'un garage des quartiers pauvres, un homme.
Profession : Éboueur. Secret : Possède un diplôme d'études supérieures.
Puis dans le quartier des affaires, un Informaticien. Secret : son mot de passe est sa date de naissance. Tout est dit.
Ou ce policier qui vous poursuit : "A deux mois de la retraite." Vous allez le flinguer, vraiment ?



Elles sont, comme la nouvelle de Hemingway de six mots "For sale : babies shoes, never worn", autant d'éléments ciselés suffisant pour tout dire, qui donnent une consistance réaliste à l'univers et qui font rêver sur ces autres histoires dans votre histoire - et si elles sont attribuées de façon aléatoire à des passants, elles sont quand même localisées par quartier.

On a récemment évoqué une polémique qui me semble inconsistante concernant la présence d'un personnage féminin dans le prochain Assassin's Creed. Sur notre chat privé sur 404, nous avons eu une belle discussion à ce sujet, et entre autres éléments techniques, j'ai dit tout simplement "Le problème c'est que vous n'avez pas joué à Assassin's Creed. Assassin's Creed, c'est un peu con. Vouloir mettre une femme héroine d'AC, c'est comme demander à Michael Bay de la subtilité, ça part d'une bonne intention mais vous sortez du concept."

Et bien WD traite de la femme. Et de son exploitation par l'homme.
Et il ne le fait pas avec outrance comme aurait pu le faire GTA, ou avec bien-pensance comme aurait pu le faire n'importe quelle production consensuelle. Le héros va croiser des femmes de l'industrie du sexe.
Leurs secrets : Déclarée enlevée. Handicapée mentale. Immigrée sans papier. Etc...C'est terrifiant car le ton est juste. Je ne doute pas que les horreurs dépeintes dans le jeu soient une réalité dans certains pays que le monde occidental utilise pour le tourisme sexuel.

WD ne montre pas le viol direct de femmes, mais montrera, par exemple, une immigrée roumaine pleurant sur un lit pendant qu'un homme se rhabille. Ceci à travers l'oeil de la caméra professionnelle qui vient de filmer leurs ébats et que vous venez de pirater.



Dans GTA5, on se paye les services de divers prostituées ou de strip-teaseuses tellement ravies de danser pour vous qu'elles vous invitent ensuite chez elles...

L'amplitude morale est restreinte dans WD. Les "méchants" sont des étrangleurs de chat ou dealers de drogue et les forces de police sont des gars réglos qui aident les enfants malades pendant leur temps libre.
Je me suis d'ailleurs demandé pourquoi les gens me prenaient pour un justicier quand j’empêchais un braquage dans la rue mais qu'à coté je piratais 15 000 $ sur le compte d'un psychiatre faisant régulièrement des donations aux bonnes oeuvres.

Le héros de WD, cet oncle bizarre qui a plus de peine pour la perte de sa nièce que la propre mère de ladite fille, est poussé par les évènements dans un scénario à la Ubi, c'est à dire avec de bonnes idées plombées par une nécessité prudente de consensuel.

Mais WD tape très juste dans sa description de sa société du tout connecté. Les anonymous-dedsec sont des impuissants qui répètent un discours évident que personne n'écoute, des has been méprisés par le héros et relégués en arrière plan.



On est ni dans une société à la Neuromancer et son web-réalité virtuelle, ni dans un fantasme Orwellien qui date. C'est tangible. C'est solide. C'est plausible. Comme pour sa description de l'exploitation de la femme, la toile de fond a un ton juste.

Je souhaite à WD de s'affranchir de tout ce qui est GTA en lui, et qu'on parle dans le futur de Watch Dogs-like plutôt que de GTA-like.

On a parlé de nouvelle génération web (2.0) quand celui-ci est devenu social. Finies les présentations flash tape à l'oeil, mais en revanche, la viralité, l'inclusion dans le réseau social, l'identité organique des processus se sont affirmés.

J'espère que WD dans ses futures itérations sera cette next-gen 2.0 qui ne creusera pas dans le tape à l'oeil du décor (que l'on abstrait de toute façon au bout d'une heure ou deux de jeu) mais dans ces univers virtuels crédibles dans le propos, dans leurs habitants, et que chaque rencontre donne lieu à une histoire que l'on peut emporter avec soi lorsqu'on éteint la console.

1 commentaire:

  1. Ça me fait penser à Shenmue et ses centaines de personnages qui vaquaient à leurs occupations.

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