lundi 16 février 2015

Dans les coulisses de Gerardmer 2015 : la vie du Jury Syfy, Terreur et Beauté d'une sélection de haut niveau

Plongez dans votre enfance.

Souvenez-vous de ces affiches de films sombres, au nom terrifiant, vus au détour d'une salle de ciné ou d'un vidéo club VHS ; la mention "Avoriaz". Une nomination ou un prix qui labellisait le film comme étant fantastique et terrifiant.

Avoriaz n'est plus, mais Gerardmer prend la suite : une station de ski perdue dans les Vosges avec son bon mètre de neige en Janvier, et une semaine où toute la communauté se tourne vers l'horreur et le fantastique.

Attention, ça va neiger

Canalsat / Syfy sont partenaires de l’événement (et pour cause) et disposent d'un prix spécial en marge du prix du "Grand Jury". Et il y a donc un Jury "Syfy" auquel j'ai eu l'honneur de compter cette année parmi d'autres membres éminents que je citerai bientôt.

Contrairement à ce qu'un communiqué de presse a laissé sous entendre, ce jury n'a pas été sélectionné sur concours : je ne suis pas super qualifié a priori pour ce type de tâche, mais à un moment, l'équilibre entre mes rapports de ce présent blog, mon activité en ligne et ma présence dans le monde de la SF 2014 ont légitimé ma présence.

A vrai dire quand j'ai reçu la nouvelle, j'ai voulu proposer à Jack Parker de prendre ma place. On m'a alors dit qu'elle faisait aussi partie du Jury. "Je n'aurais pas pu mieux sélectionner...", leur ai-je alors répondu.

Par un mercredi froid de Janvier, le hype train vers Gerardmer est parti, occupé par le staff de Canalsat, les différents Jury et VIP, et organisateurs.

C'est là qu'on a fait connaissance les uns des autres. Voici la présentation du Jury Syfy, attention !

Yann aka "Docteur No" aka "The Critic" : Docteur No est un puits de science cinématographique, qui comme un saumon sauvage des salles obscures remonte à contre courant de la critique et travaille chez Dailymars. Il faut l'écouter défendre avec des sanglots dans la voix le génie de Lone Ranger "une fable glauque qui ose des thèmes durs face à un public de pop corn movie" pour comprendre le personnage. Sa persona publique est celle de quelqu'un qui descend les films : en vrai, il les aime beaucoup, et je l'ai souvent trouvé plus bienveillant que cherchant la faille dans les films que nous avons vu.
Son film préféré est : Citizen Kane, (ouuuh le snob !)

"Mais non je suis pas snob, Citizen Kane est la transition vers un cinéma moderne, c'est le premier film meta !"
--- Docteur No


Le Docteur No vous observe

Asma aka "The Brain" : patronne de Brain Damaged, accompagnée de son disciple PJ, qui a des idées bien arrêtées sur les films (par exemple elle pense que Cloud Atlas est bien) et qu'il est malavisé de contredire (par exemple en disant que Cloud Atlas n'est pas le meilleur film du monde). Passionnée, elle a beaucoup d'énergie, je pense qu'on devrait la mettre dans un réacteur nucléaire on obtiendrait de bonnes performances, et ce serait écologique.
Son film préféré parle de nuage, je crois.

"C'est même pas la peine de dire du mal de Cloud Atlas, vous avez tort."
--- Asma

Jack Parker aka "La petite fille maléfique" : bon, vous devez connaître ce personnage public passionné de film de genre. Gerardmer a été pour elle le lieu d'une rencontre assez unique et d'un AVC, je vous laisse découvrir plus tard.
Son film préféré est The Faculty par Robert Rodriguez

"Si je vois Robert Rodriguez, je fais un AVC direct."
--- Jack Parker


Jack Parker, avant l'AVC

Nicolas aka "l'Otak" : Il fait deux mètres, bosse chez SallesObscures, et il a un truc (qu'on a pas découvert), mais il a réussi à voir 27 films sur la semaine. Vendredi, il a notamment commencé à 9h du mat pour terminer à 5h du matin le lendemain, dormir une heure, puis repartir au ciné. Et si en fait il était un ours qui hibernait pendant les séances ?!
Son film préféré est l'Histoire sans Fin.

"J'ai dit que mon film préféré était l'Histoire sans Fin, parce que Asma a déjà dit Cloud Atlas."
--- Nicolas (qui voulait certainement faire plaisir à Asma)


Nico à petite échelle (normalement il fait 2 m)

Entre Asma et moi, il s'est passé un truc spécial. Bon déjà parce que je l'ai appelée Alba, puis Bianca, etc...j'avais du mal a retenir son prénom et du coup je faisais beaucoup de phrases indirectes pour éviter de dire son nom. Et puis j'étais pas un grand fan de Cloud Atlas...mais vous savez dans les films, deux personnages se rencontrent, il se battent, ils se détestent, puis ils deviennent amis...enfin, je crois. 

Dans le trajet vers Epinal on a beaucoup discuté. Au bout d'une heure, Docteur No m'avait donné déjà deux pages de carnets de films à voir pour compléter ma culture générale, dont Birdman dont il chantait l'éloge (ce qui était intéressant, car il a un peu un profil d'aigle). Le film n'est pas encore sorti, don't ask. 

Dans le même compartiment nous avions les boss de MakeUpForever, un institut spécialisé dans le maquillage. Karine (dont le film préféré est Soleil Vert) ne regarde pas vraiment les films d'horreur comme une spectatrice piégée dans l'intrigue : elle regarde les maquillages.

"Le plus beau maquillage que j'ai jamais vu, c'est la scène de scalp dans Saw 4 : les cheveux et les veines sont parfaitement réalisées. Cette scène gore me donne des émotions proches de la perfection. Mais le succès d'un bon maquillage n'est rien sans le talent du réalisateur qui donne le bon éclairage et filme sous le bon angle."
--- Karine, Make Up Forever

Et pour le maquillage le plus nul ? "Di Caprio dans J. Edgar, horrible !"

On est arrivés à Epinal dans en longeant une sorte de haie d'honneur où des locaux attendaient des autographes de VIP, mais pas de nous. On est montés dans un car en route vers Gerardmer, et Docteur No a pu nous faire un exposé sur les meilleurs films de Nazixploitation, peut-être parce que Asma ou Jack Parker m'avaient traité de nazi à un moment.

"En matière de Nazixploitation, je vous conseille Nazis At The Center of The Earth, pur chef d'oeuvre d'inventivité."
--- Docteur No


Météo : neige

Notre hôtel s'appellait la Marmotte. C'est amusant, parce que rapidement on a fait le lien avec l'hôtel de Dale Cooper dans Twin Peaks, mais très rapidement, les coincidences étaient anormalement nombreuses : en plus de la déco identique, on y servait des tartes à la myrtilles et des cafés excellents. J'avais peur de rêver de sacs souriants et de géants silencieux.


Voici la marmotte


On a reçu plus de cadeaux à ne savoir qu'en faire (comme une formation de ski), et les gérômois sont très gentils et assez fiers de leur festival, venant parfois de loin pour aider à l'organisation.

On a eu un brief long de Suzy et de Romain qui bossent tous les deux à Universal / Syfy.


Ici c'est Universal et c'est serious business.

On nous a mis en garde sur notre devoir de réserve : jusqu'à la remise des prix, ils nous était impossible de partager notre sentiment sur les réseaux sociaux, ou même aux proches. 
Ils nous aussi parlé du line up prometteur de Syfy pour 2015 : 12 Monkeys, Haven (que j'aime beaucoup, Dr No aussi), mais surtout "The Expanse", que Romain nous a vendu comme étant un Game of Thrones dans l'univers de Blade Runner. 
Voilà, j'espère que vous êtes bien hypés !

Le temps de se réchauffer, on est partis vers la cérémonie d'ouverture. En tant que Jury, nous avions nos places réservées pour toutes les séances, que nous y allions ou non, et nous étions très bien positionnés bien sûr.


Vous voyez le 1993 ? C'était là

Ah, Gerardmer c'est pas bien grand, mais le travail logistique est impressionnant : 800 bénévoles disponibles jour et nuit pour nous transporter sur un simple appel. On se fait très rapidement au taxi gratuit, surtout quand tombe dru la neige - il faudrait quelque chose comme ça à Paris !


Les commerces avaient le bon goût de se mettre aux couleurs du festival

"Avoriaz, c'était une sorte de folie sauvage. On t'amenait dans un hangar perdu dans la forêt, et il y avait une fête avec le son à fond et des mecs déguisés bizarres, c'était à moitié flippant. Ici, à Gerardmer, l'ambiance est plus...familiale."
--- Nicolas, vieux de la vieille

Et effectivement on a d'abord eu un discours d'un adjoint au maire qui parlait subventions.

Puis un discours d'un représentant régional ambiance mariage de province, qui commence avec une inspiration et les mots : "L'héroic-fantasy..."

Alors plusieurs choses : l'héroic fantasy, c'est pas pareil que le fantastique, mais c'était pas trop son problème (on a cru au second degré au début). Bon, ensuite il a dit : fan-ta-sy, avec le ta de ta braguette est ouverte, zorro, et ensuite s'en est suivi la définition wikipédia de fantasy. A mes cotés, Dr No et Nicolas ont fait simultanément un facepalm d’anthologie, celui qui vient du coeur, incontrolable, et ils enfonçaient leur tête dans leurs mains comme s'ils pouvaient s'y enterrer et oublier qu'ils étaient en train d'entendre des trucs comme "la Lorraine terre d'accueil du 7eme art".

Nous avons eu d'autres discours, notamment celui de Christophe Gans qui expliquait qu'un des fondements de son amour pour le cinéma était Duel de Spielberg, et qu'il associe Duel aux festivals comme Avoriaz ou Gerardmer maintenant. Allions nous voir le futur Duel dans les jours qui venaient ?


Le premier film présenté, en ouverture était...

EX MACHINA


Le premier film de celui derrière l'écriture de Sunshine et "du futur film Halo" déclare un Gans qui s'identifie comme un grand gamer.

Bon, pour chaque film, je vais pas forcément vous spoiler mais insister sur des points qui m'ont marqué - ce qui est une forme de spoil. Donc attention, pour chaque films, spoilers.

SPOILERS

Ex Machina démarre tellement vite que j'ai eu très peur de ne pas suivre. Il se passe une tonne de trucs en 30 secondes puis après, comme un long logarithme, il s'étend....lentement...vers l'infini (ou le zero, à vous de voir). Ex Machina est beau (comme beaucoup de films que nous verrons), beaucoup trop lent vers la fin, et dispose de la scéne de perforation par couteau de cuisine la plus onctueuse de l'histoire du cinéma. Il parle avec maturité de Google, Facebook, intelligence collective et IA. On s'ennuie un ptit peu quand même.

FIN DES SPOILERS 
Et après le film, on s'est fait conduire à une grande soirée avec plein de types très importants de la région et surtout des petits fours de grande qualité car réalisés par une école hôtelière locale. J'ai découvert ce plat très mystique qui est la tartine de maroeilles, qui reste dans la bouche pendant 4 ou 5 jours comme un fantôme.


L'antre des petits fours



"Moi, je bois pas. D'ailleurs, je n'ai jamais bu d'alcool, style je me souviens plus de ce que j'ai fait la veille. Sauf cette fois où j'ai terminé à l'hôpital. Impossible de savoir ce que j'avais fait. Très mystérieux..."
--- Docteur No en mode confidences


La cachette secrète des cigarettes de Jack


L'équipe presque au complet

Après une nuit à rêver d'IA maléfiques, au petit dej, Docteur No nous briefe : attention, le film de ce matin est autrichien.

"Les films d'épouvante belges, néérlandais, autrichiens...sont souvent des trucs de malade. Je pense qu'il y a une étude psychologique à l'échelle nationale à réaliser avec ces pays."
--- Docteur No, dans le dessous des cartes

On parle aussi d'autres films :

"Oui-Ja, le film d'horreur d'Hasbro - je dois en dire plus ?"
--- Jack Parker, pas très pub de jouet

"Oui-Ja, c'est pas un film mauvais, c'est un film de "rien". Je pense que devant un écran noir j'aurais plus de questions personnelles qui viendraient à moi que devant Oui-Ja."
--- Docteur No

Il est intéressant de voir que je suis cerné par des fanatiques du film de genre, qui par conséquent n'ont pas trop de temps pour se pencher sur d'autres sujets. Quand on parle de Jennifer Aniston, Docteur No bondit :

"Jennifer Aniston ? Ah oui, cette actrice qui a joué dans Leprechaun. Vous saviez d'ailleurs que Leprechaun était un film produit par la WWE pour promouvoir un catcheur nain ?"
--- Docteur No à qui vous pourrez offrir votre coffret de Friends

Bien que le film soit à 11h, Nico et moi avions arrangé avec le service presse un petit rendez vous avec Alex Garland, le réalisateur de Ex Machina pour lui poser quelques questions. Hélas, la série d'interviews qu'il devait faire débordait un peu à chaque fois et notre tour arriverait après la projection du film autrichien. Donc je me suis installé derrière lui discrètement pour capter quelques unes de ses phrases.

"La maîtrise des sociétés futures se fera par des réseaux sociaux, appartenant à des sociétés privées, et donc en dehors du système démocratique. On ne vote pas le fonctionnement de Google."
--- Alex Garland

"Je n'ai pas peur de l'intelligence artificielle. L'ennemi de l'homme restera l'homme."
--- Alex Garland

Avec Nico on file pour le début de Goodnight Mommy.

Voici un film allemand "familial" (les membres de l'équipe font partie de la même famille) basée sur une télé-réalité allemande dans laquelle des personnes ayant subi une chirurgie esthétique reviennent dans leur famille - provoquant diverses réactions.

Veronika, l'une des réalisatrices, a simplement dit :

"Je ne vous dirai rien sur le film."
--- Veronika, qui déjà parlait allemand, donc...

Le noir se fait, les hurlements de loups montent dans la salle, ponctués au final par un rire diabolique comme à chaque séance (sauf une, et il nous a bien manqué).

GOODNIGHT MOMMY


SPOILERS

Ce film est très beau. Beaucoup de plans sont O_O waouuuh...
Sinon, il joue sur une astuce assez sympathique. Nous avons deux jumeaux, et très rapidement, mais assez subtilement, on comprend que l'un des jumeaux est mort. Mais ce n'est qu'un premier "secret" de l'histoire et tous les twists sont des faux twists édulcorés pour faire place à la réelle problématique du film. Traumatismes, perte des repères, mondes imaginaires, certitudes et perceptions, folie, mensonges, relations avec les parents...prisme de la compréhension du monde par l'enfant...il y a des volumes encyclopédiques à écrire sur la profondeur potentielle du film. La mise en place se pose avec des fondations en granit, pour que décolle dans la folie pure la dernière demie-heure qui est inoubliable d'horreur.

FIN DES SPOILERS

Et le bon Docteur No avait raison, quels frappadingues ces autrichiens !

Après la séance, on nous a conduit à un restaurant avec buffet à volonté.

A un moment, Robert Rodriguez est arrivé.


Là c'est quand Jack (sweat bordeaux) réalise que Rodriguez
(point noir au loin) est dans la même pièce

Jack Parker a commencé à trembler. Je peux vous dire ce qu'il a mangé : du jambon avec de la mousse au chocolat. En même temps. L'Amérique.

Quand il passe avec son jambon-mousse à coté de nous, Jack montre la chaise vide à coté d'elle et dit : "On a une place pour vous si vous voulez"...mais bon il préfère s'asseoir à coté de Gans et du grand jury, allez savoir pourquoi !


Tweet tweet tweet Rodriguez, AVC...

En fait après son exotique repas, il acceptera de faire des photos avec elle, ce qui est peut-être le plus beau jour de sa vie (et son premier AVC). Moi je lui ai donné ma carte et une copie de Out There, mais il a pas tweeté dessus :-(


Météo : neige

Avec Nico on est ensuite allé à la conférence de presse de Robert Rodriguez.

Ces conférences sont assez frustrantes parce qu'elles sont traduites en consécutive, c'est à dire que on pose une question à Robert, la question est traduite en anglais, il répond en anglais, sa réponse est traduite en français. Du coup les 45 minutes de conférence ne représentent que 25 minutes d'interaction réelle.


Un petit mot sur Robert Rodriguez pour faire très court : c'est un réalisateur de films cultes (Une nuit en Enfer) bien réalisés, mais avec des tous petits budgets. Son film préféré est Le Parrain.

Quelques citations prises sur le vif :

"Pour moi, la Fantasy est un genre présent depuis toujours et qui sera toujours présent."
--- Robert Rodriguez

"Il n'y a pas un seul film de cinéma de genre dans lequel je ne voie pas quelque chose de complètement nouveau."
--- Robert Rodriguez

"Je me lance dans la télévision, car elle me permet de travailler un format auquel je suis très attaché : le storytelling long format. J'aime beaucoup de type de narration, même s'il est important qu'à un moment les choses se finissent."
--- Robert Rodriguez

"J'ai ma chaine de TV et je peux ENFIN faire exactement ce que je veux. Si je veux m'asseoir face à un réalisateur et lui poser des questions pendant 5 heures, je peux !"
--- Robert Rodriguez

"Mon genre préféré est la Fantasy, et je donne le sens suivant au mot Fantasy : c'est le domaine d'altération de la réalité que l'on perçoit, comme lorsqu'on est enfant."
--- Robert Rodriguez

"Mon objectif est de raconter des histoires qui ressemblent  la réalité, tout en étant purement imaginaires. Cela vient de mon premier job en tant que dessinateur de BD."
--- Robert Rodriguez

"J'ai toujours eu plus d'imagination que d'argent."
--- Robert Rodriguez

"Notre secret est d'avoir toujours fait croire que nous avions plus d'argent que nous en avions réellement."
--- Robert Rodriguez

"J'ai réussi à boucler mes premiers films avec des tactiques de guérilla. Et aujourd'hui, je fais la même chose pour maintenir le même niveau de créativité. "
--- Robert Rodriguez

"Je viens sur le plateau de tournage avec ma guitare."
--- Robert Rodriguez

"Un effet spécial est réussi si on sort du film et qu'on dit "il n'y avait pas d'effet spécial dans ce film""
--- Robert Rodriguez

"Je suis réalisateur mais aussi directeur photo. A ce titre, je me considère comme la lentille à travers laquelle va passer l'oeil du spectateur."
--- Robert Rodriguez

"Quand j'ai rencontré Clooney à l'époque d'une nuit en enfer, celui-ci n'était pas une star. Il était en transition entre un futur indéterminé et Urgences. Mais on sentait le potentiel. Je le sentais. Et je l'ai filmé, moi assis, lui debout, donc en légère contre plongée, pour le faire accéder à cette stature de star qui est aujourd'hui la sienne."
--- Robert Rodriguez

 Le temps de retourner à l'espace Lac, commence CUB, un film belge avec des scouts.

L'auteur monte sur scène et dit "J'ai voulu retrouver un certain esprit des goonies". Waouh !
Pour lui, Avoriaz/Gerardmer représente ce territoire étrange sur les cartes où il y a marqué "Icy sont les Dragons" 

CUB


SPOILERS

La promesse des premières parties de Cub est très alléchante. Des scouts, une ambiance goonies, une usine imposante désaffectée...le film reste inventif mais reste sur une ligne de simplicité qui fait rester sur sa faim (cela reste une histoire d'enfants et de croque-mitaine). Il nous manque, je pense, le grand voyage que l'on pressent en début de film. La musique est très cool.
Une petite remarque : ce film est un petit peu (ressenti personnel) "raciste". Par deux fois dans les deux grandes parties du film, les héros (belges flamands), civilisés, propres, amicaux, sont confrontés avec des méchants (belges wallons) austères, idiots, meurtriers. Après, le fondement de l'histoire aurait pâti d'une écriture plus grise dans ce manichéisme.
A noter que dans cette histoire d'horreur et d'enfants, des enfants (et un chien) se font tuer. La mise à mort des enfants est à chaque fois très pudique, non pas que je recherche les détails sanglants et morbides, mais qu'une fois de plus si le parti pris était inédit, son exécution ne va pas au bout des choses, donc on ne sait pas vraiment si c'est si inédit que cela.


FIN DES SPOILERS

Et donc, on passe un bon moment avec Cub !

Avant le film du soir, Robert Rodriguez monte sur scène pour un hommage. Il porte un grand chapeau, et du coup j'ai la réponse à la question : "Quelle est la pire place au cinéma ?" Réponse : derrière Robert Rodriguez et son grand chapeau.


C'est là que Jack s'est aperçu d'une chose :

"Le point commun entre tous les films, c'est qu'à un moment, il y a une scène où quelqu'un court dans une forêt. Mark My Words."
--- Jack Parker, prophétesse

(Et elle avait raison. Etrangement, ce fut le cas)


Petite discussion avec les membres du Jury "Jeune". Leur car s'était renversé
avant l'arrivée dans la salle (je crois)

En revanche, les films présentaient un autre point commun, plus de l'ordre de l'écriture. 

Si l'horreur était présente, le point de vue était souvent inversé par rapport au film classique - cet état culminant dans Voices de Satrapi. Pour prendre un exemple simple : un psychopathe tue une victime. Un film très classique présenterait l'histoire coté victime et appuie sur l'horreur de la scène.
Un film avec une approche différente présenterait l'histoire coté criminel. C'est ce qu'on a eu dans les années 90 avec ces insupportables serial killers qui avaient des raisons plus ou moins idiotes de justifier leurs actes. 
Mais là, dans les films présentés en 2015, on rentre dans la tête du bourreau et dans son monde parfaitement logique - c'est lui qui raconte l'histoire. L'acte en lui-même est parfois en arrière plan, c'est son inéluctabilité par l'approche de logique interne du meurtrier qui le teinte d'horreur.


Etalage technologique permanent du Docteur No

Sur ces beaux débats, on passe au film du soir

THE SIGNAL

J'ai pas aimé du tout. Pour moi c'est un truc niveau fanfiction, avec un budget acceptable. 

SPOILERS

Et pourtant ca commence hyper bien...avec une entité / pirate informatique qui discute avec les gens au travers des captchas. C'est même génial comme idée ! Et puis ça bascule dans un trip amoureux, un trip blair witch, un trip zone 51 - aliens, un trip half life, et le grand final grand-guignolesque DBZ / Dark City. Ouais, comme la fanfic de Kenshindu78 qui essaie de tout mettre dedans.
Et malgré tout cela, tout est mou, avec un Laurence Fishburn qui paarle touuuut douuucement qui preeeend des nooootes à deuuux à l'heuuuure et qui a un regard mystérieux. 

FIN DES SPOILERS

Très pénible.

A un moment Asma doit s'absenter deux minutes de la salle. Quand elle revient elle me demande ce qu'elle a manqué. Je lui réponds "franchement, je sais pas ce que tu as manqué, mais à quoi bon se poser la question ? C'était probablement nul."

"On rentre dans la phase du syndrome de stockholm de la critique. On passe trop de temps avec les films, et on commence à les aimer de façon irrationnelle."
--- Asma, qui ne négocie pas avec les terroristes

Dans une tempête de neige qui redouble, on nous emmène dans un restaurant isolé, à travers des chemins perdus dans la forêt.

On a un repas délicieux, mais à table, nous jouons à un jeu d'énigmes. Il faut (et ce sans aide extérieure) demander à son voisin de droite "4 films...avec Bruce Willis" (par exemple), en augmentant à chaque fois. Et bien trouver 4 films avec Tom Selleck c'est pas évident !

Une Suzy épuisée viendra ensuite nous voir - la logistique et l'organisation sont des choses délicates, mais moins encore que la difficulté de faire un plan de table correspondant aux désirs de chacun. Telle personne veut être à coté de tel VIP, etc...un casse-tête à la Game of Thrones qui a puisé dans ses réserves.


Inutile de dire que j'ai fait un scandale

On ne peut pas partir aussitôt que prévu : un arbre est tombé sur la route, et nous voilà, coincés, de nuit, dans le restaurant isolé. Dehors des cris de loups...non en fait, et puis on avait moins peur des loups que de ne pas tomber de sommeil.

Et pourtant demain Nico manquait au petit dej : il était déjà parti dans un énième marathon de films. Pour être sûr de ne rien manquer (3 salles tournent en continu à Gerardmer) il avait vu quelques films d'avance.

Et coucou, qui rencontrons-nous ? Dedo :-) fidèle spectateur
de Gerardmer !

On a commencé ce matin à 11h avec

THE MAN IN THE ORANGE JACKET



"Le film fait 1h11, s'il est nul, au moins on se fera pas chier longtemps."
--- Le public derrière

SPOILERS

Moi j'ai bien aimé. Mais j'aime les films courts. Les premières secondes sont belles. Après il y a une idée intéressante. Et puis...ca sombre dans l'espèce de long métrage étudiant qui a oublié d'avoir une fin. A un moment le tueur prend une faucille et un marteau, si vous êtes fan de la Cité de la Peur, ca peut faire son effet.

FIN DES SPOILERS

Et au final c'était bof.

Christophe Gans m'a confié qu'une des qualités du film est que son réalisateur (letton) se battait vraiment pour qu'il soit diffusé et présenté dans des festivals en dépit des mauvaises critiques constantes. 

Je regrette qu'il soit pas meilleur, je voulais faire un discours avec un jeu de mot sur letton-laiton et dire "ce film était un alliage de bonnes qualités".


Nazixploitation partout

Ensuite on a vu...

JAMIE MARKS IS DEAD

Je le sentais bien. Mais je suis connu pour proverbialement me tromper.

SPOILERS

Twilight avec des fantômes. 
Chiant.
Long.

FIN DES SPOILERS

C'était pas très bien, certaines scènes ont fait rire là où il fallait pas rire. 
Une réplique du film : "Tu as un joli pénis."

Disons que nous étions en plein après midi et que des ronflements sonores s'entendaient dans toute la salle...

Et juste ensuite on a enchaîné avec...

THE VOICES

On savait que ça allait être bien. Même si Ryan Reynolds...

SPOILERS

C'est une comédie très drôle, très très finement écrite, qui nous met dans la peau d'un tueur psychotique, mais en bon psychotique, il ignore voire nie sa nature. Plein de bonne volonté, il veut revenir du "bon coté" mais la réalité est quelque chose de sombre...
Toutes les répliques et détails sont utiles, tout est finement amené. 

NO SPOILERS

Au final, c'est un grand film avec un budget conséquent qui marche sans faillir sur le sentier au sommet de la falaise, très dangereux, de la comédie horrifique sans faire un pas de coté. 
On passe un très bon moment et le film n'est pas dénué d'un caractère instructif sur la nature de la psychose, rendant plus humain que jamais ces horribles tueurs qui hantent les films des années 80.

Cette nuit là, je n'y étais pas, mais c'était non stop une nuit spéciale et un peu folle.

Elle a commencé par Oui-Ja (personne n'aime), What We Do in The Shadows, comédie de vampires-colocs que tout le monde a adoré...

"Si What We Do In The Shadows était en compétition, j'aurais été obligée de vous tuer dans votre sommeil si vous n'aviez pas voulu lui donner le prix."
--- Jack Parker, qui dormait dans la chambre à coté

...puis une animation, vers 2h du matin, avec bataille de boules de neiges et de bonbons dans la salle avant la projection de Zombeavers - une histoire de castors zombies.

Ce fut l'occasion de bien faire la fête pour les autres au Grand Hôtel, point de chute régulier des Jury et VIP.


"Ecrire saoul, se relire sobre."
--- PJ, disciple d'Asma, qui se reprend une absinthe

Docteur No, Asma et Nico se retiraient chaque jour pour écrire, quelques heures, sur les films vus. Car en plus d'être Jury, ils étaient les envoyés spéciaux de leur publication sur les lieux.

L'avant dernier jour nous avons vu un très grand film en compétition :

IT FOLLOWS

Très bien filmé, musique de Disasterpeace qui renforce l'ambiance Carpenter.

SPOILERS

Au coeur du film, il y a une idée forte qui s'inscrit dans l'imaginaire ado de l'Amérique : la culpabilité liée à la sexualité, les MST et de plus grands thèmes religieux US : l'inceste comme péché originel, la fatalité de la punition, l'absence de rédemption pour les péchés les plus atroces...etc...
C'est très bon et de plus ce film qui ne fait pas si peur vous terrorisera après la séance : et si cet homme qui marchait vers vous était le monstre d'IT FOLLOWS ?

NO SPOILERS

On avait déjà eu d'excellents échos du film, mais en sortant, nous savions que nous avions un film de tout premier plan. La salle était extatique.

Dans l'après midi, je suis allé à une conférence de Christophe Gans sur les films de la Hammer. Il y avait aussi Christophe Lemaire de MadMovies.


"Christophe Gans, tu lui poses une question sur le cinéma et il est en pilote automatique, il peut te parler pendant 7h sans relance, le mec sait tout."
--- Docteur No

Voici quelques notes prises encore une fois sur le vif :

"La Hammer avait une recette imparable, mélangeant acteurs de qualités et starlettes nous faisant fantasmer."
--- Christophe Gans

"Nous citons tous, pour ceux qui les ont vus, ces films, car ils nous ont marqué. Lee et Cushing nous ont marqué, et dans nos oeuvres, et dans nos vies. Pourquoi croyez-vous qu'on les retrouve dans Star Wars ?"
--- Christophe Gans

"La légende de la Hammer s'est bâtie sur les critiques. Non pas les critiques positives, mais au contraire les critiques hyper intellectualisées de ses détracteurs, Telerama par exemple, qui comprenaient ce qu'étaient ces films : des aventures sur le territoire de la subversion, comme l'était le Rock'n'Roll. La Hammer glorifiait des thèmes libertaires (comme le fait de s'affranchir de la Nature ou de nier l'existence de Dieu), ce qui horrifiait avant tout les catholiques. "
--- Christophe Gans

"La Hammer, c'est le basculement des dogmes vers des idées libertaires, et ce avec des acteurs vénérables aux cheveux blancs."
--- Christophe Gans

Le soir nous avons pu voir deux autres films, un en compet et l'autre "plaisir".

Le film de compétition était 

THESE FINAL HOURS

SPOILERS

Alors ça, je connaissais pas : un film pré-apocalyptique. La terre va s'embraser dans 12 heures, que font les gens en attendant ? Sujet palpitant, pas super bien traité, desservi par des acteurs mouuuais mais...le générique de fin était pas mal :-)

FIN DES SPOILERS

L'acteur de ce film ressemble beaucoup à KeenV, c'est à dire un peu à un demeuré, ce qui casse un peu le propos intense propre à l'histoire.

Pendant ce film, une certaine scène a tiré des rivières de larmes à deux membres du Jury dont je ne peux pas dire les noms car elles m'ont promis de m'assassiner si je le disais. Donc vous ne saurez pas qui.

Et on a enchainé presto avec...

JUPITER ASCENDING

Bon, on m'avait dit que c'était pas très bon. 
En réalité c'est très mauvais (sauf les décors). Oh la la...

Réplique réelle du film : "Je peux léviter avec mes bottes grâces aux équations différentielles."

Et ben, voilà un scénariste qui n'a pas passé son bac scientifique...

Le gros suspense du film était : Sean Bean va-t-il mourir ? (La réponse est : je vous la dirais pas, spoilers, mais sa carrière est bien morte maintenant).

"C'est épouvantable. Les Wachowski ne vont jamais s'en relever."
--- Docteur No en phase optimiste

"Je suis certain que ce sera un super film à regarder bourré dans 20 ans pour bien rigoler."
--- Jack Parker qui essaie de trouver du bon en toute chose

"Pitié."
--- Asma, laconique


Jack Parker, maintenant amie de Rodriguez, fuit les photographes

Jupiter Ascending a longtemps fait débat dans notre groupe - pour nous détendre et surtout qu'Ecran Large (juste devant nous) a publié dans l'heure qui suivit un article assez élogieux, parlant d'une claque comparable à Star Wars de 77. Jack Parker a trouvé une formule assez sympa :

"Cette comparaison est assez malvenue. La Princesse Leia est un personnage autonome, qui n'a besoin de personne pour la sauver, et qui dicte ses volontés. Mila Kunis dans Jupiter est une cendrillon sans aucune volonté qui passe de prince charmant en prince charmant en espérant trouver le bon. Quelle régression dans les modèles."
--- Jack Parker, plutôt Leia que Jupiter

Comme des zombies (héhé) on a regardé le lendemain le dernier film de la compet, Honeymoon avec Rose "tu ne sais rien Jean Neige" Leslie.

HONEYMOON 

Allez pas de spoilers. Histoire convenue niveau mauvais épisode de X-Files, beaucoup trop de bisous au début et pas assez à la fin. 

La veille, à la suite de la conférence de Gans sur la Hammer, j'ai pu avoir une minute avec lui. (oui, je lui ai donné un exemplaire de Out There !). Je lui ai demandé si on pouvait avoir 20-30 minutes avec le Jury pour débattre - après tout nous étions aussi des professionnels. 

Il m'a dit pas de problème, voyez avec le service presse - et Suzy de Syfy nous a tout arrangé !


Donc le lendemain, nous voilà dans cette salle dédiée du Grand Hotel avec Gans qui parle à coeur ouvert de la sélection, des films en France, etc...

"En tant que Grand Jury, nous avons à coeur de récompenser le potentiel d'un réalisateur. L'idéal est de confier le prix à quelqu'un de prometteur, pour qu'il fasse des films merveilleux plus tard. Ca n'a pas toujours été le cas : Avoriaz a préféré récompenser Hidden que Robocop à l'époque, et pourtant, Verhoeven a aligné les chefs d'oeuvre ensuite."
--- Christophe Gans

"Je comprends que vous n'aimiez pas Prometheus. Mais Prometheus a une qualité unique, c'est que Ridley Scott arrive constamment à ne pas faire ce qu'on attend de lui. Et en ceci, Prometheus est une réussite admirable."
--- Christophe Gans

"La maladie du cinéma actuel, c'est que les gens ne veulent pas être surpris."
--- Christophe Gans

"La construction d'un financement français est telle aujourd'hui qu'un film interdit au moins de 12 ans ne peut pas trouver de financement. Nous sommes devenus intellectuellement des putes de Babylone...et au final, nous allons tous avoir des comédies jusqu'à ce qu'on en crève."
--- Christophe Gans

Il a fallu débattre entre nous du film qui remporterait le prix Syfy.


Asma, notre présidente démocratiquement élue par tirage au sort

Il y avait 2 voix pour It Follows et 2 voix pour Goodnight Mommy. Et ils se sont tournés vers moi.

J'ai privilégié le second car je n'en voyais pas les limites. Comme disait le docteur :

"Le problème de It Follows, c'est paradoxalement sa maîtrise absolue du film. Chaque plan est maîtrisé et veut nous démontrer que le réalisateur est partout. Il n'y a aucune respiration qui permette techniquement de nous plonger dans le film."
--- Docteur No.

Et Goodnight Mommy, justement, était plein de "détails", comme une enquête que nous pourrions faire post-visionnage, qui renforcent la cohérence de l'histoire. Enfin, je ne voyais pas de Jury autre que le nôtre récompensant ce très beau film.


Lorraine, quiche et région, amie de disciple d'Asma
ET maquilleuse pro maquille Jack et Asma avant le grand soir !

Lors de la cérémonie de clôture, les jeunes ont pourtant récompensé GoodNight Mommy.

Nous aussi, et Asma a fait un très beau discours, émouvant. Le réalisateur est venu, tremblant et joyeux, chercher son prix.


:'-)

Les critiques (spécialistes presses) ont donné leur prix à It Follows, sanctionnant un discours énergique qui louait "le meilleur film d'horreur depuis des mois, enfin !"

Le Grand Jury a récompensé trois films : ex-aequo Ex Machina et The Voices pour le prix du Jury et le Grand Prix est allé à It Follows, sans grande surprise.

Avec Nico j'ai enclenché sur le film de clôture, Oculus (un film sur les miroirs) qui m'a terrorisé (peut-être parce que je n'étais pas concentré sur la question "ce film est-il bien ?").

Nous avons fait la fête jusque tard, joué à divers jeux et nous sommes parti le lendemain enveloppés de neige vers Nancy.


Jack en mode "fête"

C'était une expérience unique et je veux remercier Canalsat et Syfy pour m'avoir permis de la vivre.

Si vous êtes amateur de films de genre, manifestez-vous auprès de ces entités (par exemple en vous rapprochant de leurs comptes twitter). Il n'est pas impossible que vous soyez vous aussi sélectionnés l'année prochaine et que vous viviez aussi la neige, la gentillesse des géromois, et les territoires inexplorés et libertaires de films qui vous hanteront effroyablement et qui vous combleront de joie.

Pour terminer, quelques mots de nous tous en vidéo :


mercredi 11 février 2015

Gagnez des exemplaires de Out There Omega et des T-shirts magnifiques en nous parlant de l'espace

Nous recevons régulièrement des petites nouvelles, des extraits de journal ou même des dessins sur Out There.

Comme c'est bientôt la sortie de Out There Omega et que c'est la fête tous les jours, en plus de vous remercier personnellement, nous avons décidé de vous récompenser avec, régulièrement, des cadeaux sous forme de clefs Out There Omega (pour vous ou à offrir) ou des T-Shirt Out There Omega et croyez moi ils sont supers cools !


Nous prenons tous types de production - y compris des jeux vidéo ! - envoyez nous tout ça à contest@miclos.com

Parlez nous de ces immensités vides et hostiles à l'homme, infiniment désespérantes, où nous errons tous dans le noir, à la recherches de la flamme des illusions de ces anomalies appelée vie et intelligence.

Parlez nous de ces géantes bleues et rouges, inconcevable en taille pour l'homme, d'où surgissent des lances de feu longues d'un système solaire, répandant une mort instantanée  - faites nous trembler ou rire avec l'étrangeté puissante de ce que peut-être la vie intelligente, incompréhensible et amorale, sur une autre planète.

Au plaisir de vous lire/admirer bientôt !

lundi 9 février 2015

Global Game Jam 2015 : les jeux des étudiants parisiens

Le jeu vidéo est un secteur bizarroïde, aux mutations très rapides, où partir en dernier donne parfois une bonne chance d'arriver premier.

Il n'est pas rare de voir des étudiants de deuxième année triompher face aux troisième année, et des étudiants tout simplement moucher de leur talent des professionnels accomplis.

A ce titre, j'avais été, en tant que Jury de l'ICAN l'année dernière, stupéfait par la qualité des projets étudiants rendus, et j'avais même poussé personnellement certains projets en vue de publication. Par ailleurs Kawiteros, projet étudiant, va être publié chez Neko - et d'autres comme Stonk ou Phostain, méritent dores et déjà leur place sur les stores.

Cette année on m'a proposé d'être Jury à la Global Game Jam parisienne de l'ICAN / ESGI.

Pour les non initiés, les Jam sont des petits rendez-vous, en général le week-end, où des développeurs se mettent au défi, seuls ou en équipe, de réaliser en 48h un jeu.

Les jeux sont rarement finis, donnent parfois lieu à des succès spectaculaires. C'est souvent un "bon moment" passé car la création est un exercice agréable, et qu'en 48h, on ne fait pas les finitions laborieuses et interminables qui constituent 99% de la difficulté de faire un jeu.

La Global Game Jam se veut l'évènement incontournable des Jam : c'est simultané, mondial, et brasse en prix des (dizaines, centaines ? de) millions d'euros. Cela devient une institution professionalisée, presque effrayante de pouvoir.

Mes co-jury étaient : Maxence, le Game Designer d'Amplitude, l'ex boss de l'Ican, Maxime de Capital Games et un professeur de Game Design de l'Ican / Esgi.


Le vendredi à 18h nous nous sommes tous réunis dans l'amphi de l'ESGI pour voir les "Keynotes" de la GGJ. J'ai retrouvé des jeunes étudiants avec qui j'avais travaillé (voire mon post sur Capture) et d'autres que j'ai encouragé à publier leur jeu.

La Global Game Jam impose un thème, souvent hyper vague ("je suis ce que je vois"), et je pressentais un truc un peu centré sur les thèmes brûlants du Gamergate, comme la diversité de représentation des héros.

Voici les trois Keynotes :


Les keynotes consistent en :

1) un message dégoulinant de pathos du style "vous êtes venus, vous faites partie de notre grande famille", avec des images de Mitu, la codeuse britannique qui court sur une plage

2) un message pseudo-cool de deux créateurs de jeux brésiliens - mais au look 100% hipstero-san-franciscain -qui ont grand peine à nous dire qu'il faut faire des jeux passant le Bechdel test, puisqu'ils ont du mal à dire Bechdel 

3) un message (second degré ?) bizarroide de Reiner Knizia, créateur de jeu de société allemand qui a été honteusement tiré de son puzzle pour dire que "demain, les jeux de société s'intégreront à la réalité et au virtuel" dans un clip au rythme si lent qu'il ferait passer un épisode de Derrick pour une partie de Super Hexagon.

Et enfin 4) le thème.

Sur les keynotes, je dirais qu'on subit la grande maladie (dont on s'extirpe péniblement, mais petitement, j'en parlerai plus tard dans mon article sur la Casual Connect Amsterdam) du "tout américain". La britannique a fait un jeu sur une référence culturelle 100% américaine, les brésiliens auraient été plus convaincants à parler de problèmes sociaux brésiliens que des problèmes du Gamergate, et l'allemand...non l'allemand est bien.

La Global Game Jam se veut globale mais bute encore sur l'incapacité des américains à imaginer des cultures aux problématiques et aux enjeux différents de ceux qu'implique leur mode de vie. 

Mais ce n'est pas grave : la salle, constituée à 95% d'hommes, a reçu les keynotes avec le sourire et parfois quelques rires.

Le thème nous a donc été enfin dévoilé :

WHAT DO WE DO NOW ?

C'est vague mais c'est cool (et ca me rappelle un peu les maîtres de jeu dans les jeux de rôle qui exposent une situation et disent "et maintenant vous faites quoi ?"

Et la grande compétition a commencé...(moi je suis parti à 404 pour l'enregistrement).

Je suis repassé le lendemain pour faire un point avec les équipes.


Ils avaient tous une idée précise de leur jeu et accusaient un peu la fatigue. Une équipe s'était lentement éclatée et avait abandonné le navire.

Il y avait aussi quelques pros venus tenter leur chance.


Et le surlendemain, après des siestes improvisées de nos valeureux codeurs sur des matelas gonflables, et près de deux jours et demi de travail ininterrompu, on a pu commencer l'évaluation des jeux.

Les voici un par un :

BackStab Bros : 

est un jeu multijoueur de plateforme, semi-coopératif, semi-compétitif, puisque des obstacles majeurs doivent être résolus à deux, mais qu'un seul peut gagner la course (avec un stage final en mode double dragon où les héros s'affrontent). Et bien le jeu fonctionne, il est drôle, on prend du plaisir, il manque de lisbilité - mais il reste très sympa !





Real Tiki Strategy :

Bon perso, ce jeu était un peu mon préféré. C'est un RTS (comme Dune 2) où on entre des ordres au clavier. Comme dit Maxence "il y a un vaste territoire encore inexploré par les créateurs qui est le typing game" (cette phrase est drôle mais je rêve de faire un jeu de baston / typing game). 



Ce qui m'a enchanté est l'aspect autonome des unités qui partent en mode "Yolo" quand on ne s'occupe plus d'elles, mais aussi le travail sur l'univers : à la base l'univers était med-fan-boring avec des gobelins, des orcs, etc...et il a été reskinné pour utiliser les esprits de la mythologie polynésienne, les tikis. C'est pas la super classe ?




Ice Field Madness :

...est un jeu ambitieux, car bim, c'est un party game avec non pas un jeu, mais 4 ou 5. Maintenant des mini jeux avec des pingouins...on a déjà vu ça, non ? Les jeux fonctionnent, il y a même un feedback très bien foutu et drôle entre chaque jeu. Il y a du boulot derrière.





Each Planet :

...est un jeu intéressant, hybride, un peu jamais vu...un jeu de Jam quoi. On commence avec une série de questions posées au joueur, dans l'univers du petit prince : "J'ai trouvé une rose, dois je en prendre soin ?". 


Suivant les réponses, un univers est créé sur une minuscule planète et un pouvoir est attribué au joueur : il peut être géant et tout écraser sous son passage, pleurer des larmes qui font pousser des baobabs, ou simplement sauter. L'expérience est intéressante et surprenante.


Game of Life :

est un jeu basé sur le cellular automata bien connu, transformé en RTS, mené par une équipe de professionnels. Le jeu est ultra polished et se fend d'un tutorial, d'unités à débloquer, etc...il a le réel potentiel d'un jeu professionnel qui pourrait très bien se vendre. En tant que jury, le lien avec le thème était...discutable. Tout le monde vient parfois plus ou moins avec ses jeux déjà en tête aux Jams mais le grand écart était un peu grand à mon goût. Il reste un des jeux auquel j'aimerais rejouer !


Prizombies :

Au départ Prizombies s'appellait "Prisoner's Rainbow". Le pitch : vous êtes le dernier survivant d'une apocalypse zombie et vous devez vous échapper d'une prison glauque. Je leur ai dit "pourquoi rainbow ?" Et l'un d'entre eux a dit que c'était juste un nom cool. Comme j'étais déçu qu'il n'y ait pas d'arc en ciel, ils ont du préférer changer de nom que de rajouter un arc en ciel.


Bref, l'ambiance sonore est top, le jeu est difficile et fonctionne bien. 
Un peu sinistre et pas très Bechdel ou codeuse-britanique qui fait coucou de façon mignonne avec sa main-compliant mais idéal si vous attendez la fin du monde en écoutant du death metal.


Là Maxime explique qu'il déteste le jeu, mais que comme il est bien
codé en Unity, il adore en fait


Gleam :

Gleam est épatant techniquement. 


Un FPS dans le noir, où avancer "fabrique" le monde de façon musicale et en 3D, avec des effets à la Tron. C'est un "music FPS" selon ses auteurs. C'est beau, impressionnant, le rapport avec le thème est étrange, je m'interroge sur le devenir de ce jeu (la Gaité Lyrique serait ravie de l'exposer j'en suis sûr).




Drunken Dragon :

Drunken Dragon est l'histoire d'un lendemain de cuite d'un héros qui se retrouve à poil enchainé à un dragon dans la neige. Donc il est obligé de rester près du dragon parce qu'il le réchauffe, mais pas trop près non plus sinon il le mange. Un platformer-puzzle ardu, avec une fin "philosophique" (les deux protagonistes finissent par s'aimer).



Crash :

Crash est un jeu surprenant qui se rapproche de Frog Fractions. Ca commence en parodie de platformers où le gentil doit tuer des méchants avec une arme invincible. Mais le méchant fait crasher le jeu, et le jeu se poursuit dans divers niveaux en utilisant l'interface windows (par exemple on doit fermer des fenêtres dans un temps imparti). Le jeu provoque de nombreux rires et fait passer un bon moment, sans être très ambitieux.


Là il faut éviter le logo Chrome qui rebondit de partout


Build Your Team :

Les créateurs avaient l'ambitions de faire un grand castelvania like avec des personnages les ressemblant (tout simplement) et ils ont essayé de s'en rapprocher un maximum. Il leur manque clairement 2 jours ou 2 semaines de travail en plus mais le résultat fourni en aussi peut de temps reste honorable. 



What do we do Now :

C'est la triste histoire (vraie) d'une équipe de trois qui se fait abandonner par son codeur, puis par un autre developpeur. Mais le dernier restant n'abandonne pas et fait un petit jeu avec Construct...un jeu de plateforme avec une vraie fin, qui explique le problème d'être abandonné par le codeur. Bravo à lui pour avoir quand même livré un jeu !

The Moron Escape :

Est un jeu lui aussi fait tout seul par un jeune développeur motivé qui voulait relever le challenge. Alors on a un jeu en vue du dessus à la Monaco où deux cambrioleurs doivent voler un musée. Plus on hacke les services de sécurité, plus votre partenaire débile dit des choses du style "What do we do now ?" et du coup se fait repérer par la police. Le jeu est encore embryonnaire mais convaincant, marche de bout en bout, avec même une séquence de voiture à la fin !



Bad Day for a Spy :

Un espion doit s'infiltrer dans un batiment secret. Il est talentueux donc invisible. Problème, il a des gaz, et du coup, ses bruits et ses odeurs le font détecter aux gardes. Mais il peut retourner la situation en les utilisant justement pour les amener dans certains endroits...


Le jeu est très solide et fonctionne. Créé par des étudiants spécialisés en IA, le jeu est riche en situation émergentes et il y a même un petit coté suspens qui prend aux tripes (si je puis dire). 
Cela étant...comme je leur ai expliqué en sortie de Jam, leur principe, qui est une sorte de blague, est un peu décevant. Il est sûr qu'un jeu avec ce thème puisse marcher, en revanche, imaginons qu'il marche, les auteurs seront-ils "les gens qui ont fait un super jeu sur les pets" ? 


Neurones Fiesta :

Ce jeu est déprimant (c'est ce que j'ai dit au débriefing final) pour les créateurs dans mon genre : en 48h, ces développeurs ont fait un jeu polished, fini, multijoueur à 4, inédit, costaud en level design, et amusant. Il s'agit d'une course en allers-retours de pensées dans les neurones où on peut se rentrer dedans. Un bon jeu, point final.



Me, myself and I

Encore un jeu étonnant techniquement et conceptuellement mené par l'équipe qui avait fondé Capture. 


Voici un shoot visceral à la Binding of Isaac, à part que l'écran est coupé en trois et montre trois facettes du même monde, que l'on peut basculer d'une ambiance à une autre en toute fluidité. Dans la partie "heureuse" du monde, les ennemis sont différents que dans la partie paranoiaque par exemple. Au final, si le jeu est réussi techniquement, l'idée de base ambitieuse ne se retrouve pas dans le gameplay, très peu lisible. Dommage, gros potentiel.



Play Time 

Ce jeu fait par un membre de l'organisation (tout seul) est basé sur un niveau de Mario. En une phrase que j'ai dit lors du débriefing : "Ce jeu m'avait l'air moche et chiant, et j'y ai joué, et bien il est moche mais assez amusant". Le concept est pas mal : toutes les 10 secondes, on ne peut plus bouger et si un ennemi vous touche, vous perdez du temps ou de la vie. Et ensuite pendant 10 secondes, c'est vous qui pouvez bouger et toucher les ennemis. Au final le jeu est assez complexe.


Avec les jury on a fait une shortlist.

Certains jeux s'imposaient largement techniquement. Nous avons tous eu chacun une sorte de véto et un peu de mal à aboutir à un consensus. Finalement c'est un jeu qui était tout en bas de notre shortlist qui s'est imposé, car il a réuni un petit peu de chacune de nos opinions.

Nous sommes retournés dans l'amphi et nous avons repassé les jeux un par un, en expliquant chacun les points forts et les points faibles de chaque jeu.


Et nous avons attribué deux prix :

Le "prix du courage" est allé à What do we do now, le jeu très modeste du créateur, qui, en dépit du fait que son équipe l'ait lentement laché, n'a rien abandonné, ce qui est la première valeur de ceux qui veulent réussir dans le métier.

Le prix du meilleur jeu a été attribué à Each Planet.

En plus de son approche hybride unique, le jeu a un ADN "français" avec sa revisitation sans le dire du Petit Prince. C'est cette petite touche qui fait appel à un classique sans l'adapter à la lettre, qui a vraiment influencé le jury dans ses délibérations.



La question de la culture sera certainement un enjeu pricipal des jeux vidéo des années à venir.

Mais bravo à tous, la qualité était là - j'espère être à vos cotés, en jury ou créateur, l'année prochaine.