lundi 26 mai 2014

3 théories absurdes de FibreTigre contredites par des experts (mais on apprend des choses au passage)

Hello,

J'étais donc au salon des maths dans le 6e comme chaque année (j'y suis même allé deux fois) pour faire essentiellement le plein de puzzle games très arides (puisque donnés par des profs de maths) mais avec du potentiel.

Le salon s'est ouvert et accueillait des scientifiques de haut niveau de divers domaines et ils ont accepté que je les saoule avec mes théories à la noix. Bien entendu, toutes étaient fausses.

1) On peut évaluer la densité moyenne des corps invisibles de l'univers (et par extension la matière noire) en mesurant le temps entre l'instant où l'on capte les neutrinos et l'instant où l'on capte les photons lors d'une super nova.

C'est un chercheur en astrophysique de l'université Pierre et Marie Curie qui a bien voulu écouter ma question, après que j'ai fait ma pub pour Out There.

FT : Bon voilà donc comme les neutrinos ils vont en ligne droite, ils traversent les objets, le parcours pour venir jusqu'à nous est en ligne droite en gros. Tandis que les photons sont déviés par les objets de masse importante. Donc j'ai pensé que lorsqu'il y a une explosion de supernova, on a qu'à évaluer le temps entre le moment où l'on capte les neutrinos et le moment où l'on voit la supernova pour connaître la densité de matière invisible entre la supernova et nous.

Chercheur : Bon déjà, les neutrinos vont pas en ligne droite, ils suivent la courbure de l'espace temps au même titre que les photons. Ensuite, on a pas besoin de cette différence de temps hypothétique, puisque justement avec la courbure de l'espace temps, on a des phénomènes de lentille gravitationnelle qui font qu'on a ou plus ou moins d'intensité en regardant au loin. Enfin, les neutrinos, faut se lever tôt pour les mesurer.

FT : Mais il y a bien une différence de temps entre la détection des neutrinos et des photons, non ?

Chercheur : Vous voulez parler de la supernova de 1987 ? On a capté 8 neutrinos au fond de la mer du Japon. A la rigueur pour évaluer précisément la distance entre nous et cette supernova. On a pas besoin de cela pour mesurer la densité en masse de l'univers. On la connaît grâce justement au phénomène de lentille gravitationnelle. Et quand on pointe nos téléscopes sur les nuages de Magellan, vous savez ce qu'on voit ?

FT : des planètes ?

Chercheur : pas grand chose.

FT : J'ai pensé que la matière noire, ça pouvait être tout un tas de planètes sans étoile, des "rogue planets" dans l'univers.

Chercheur : Non. On est quasiment sûrs maintenant que la matière noire, celle qui manque pour expliquer la nature de la rotation de la galaxie, n'est pas de nature baryonique.

FT : Ca veut dire quoi baryonique ?

Chercheur : Ca veut dire que c'est pas des protons et des neutrons.

FT : Ben, de la matière qui est pas en protons et en neutrons, c'est pas de la matière, non ? Alors c'est quoi ?

Chercheur : Ben justement, on en sait rien.


2) Les services secrets britanniques ont envoyé des commandos pour "faire comme si" ils découvraient des secrets nazis pour cacher le fait qu'ils avaient cassé énigma.

C'est un expert de la vulgarisation scientifique avec une bébé machine énigma qui m'a expliqué plein de choses fascinantes et je lui ai donné la théorie de Neal Stephenson évoquée dans le cryptonomicon, que je croyais vraie :

FT : J'ai toujours cru que pour que les britanniques fassent croire aux nazis qu'ils n'avaient pas craqué énigma, ils envoyaient des commandos en urgence mais le faisaient avec une certaine théatralité, pour faire croire qu'ils intervenaient "par hasard", quitte à sacrifier des hommes.

Expert : Ils avaient tant bien que mal craqué Enigma, mais ils n'ont jamais fait de chose pareille. Par contre s'ils intervenaient dans chaque opération nazie, les nazis auraient su qu'ils avaient craqué Enigma. Donc ils ont du faire des choix. Ils sont intervenus sur les situations critiques. Et beaucoup d'hommes ont été sacrifiés dans le cadre de situations non critiques pour garder le secret.

3) Il peut exister une forme de vie basée sur le Bismuth, car il a une propriété à l'état solide partagé avec la glace.

C'était l'année de la cristallographie et un directeur de laboratoire présentait de la glace à température ambiante, obtenue sous pression énorme. Il existe différents états de la glace (I, II, etc...). J'ai plaisanté en disant "je vous parie qu'il n'existe que 8 glaces différentes) (car je pensais à Ice-9 de Kurt Vonnegut). En fait, il en existe beaucoup plus. Il nous a encouragés à visiter le laboratoire de minéralogie de Jussieu qui est a priori le plus beau de Paris.

FT : J'ai une théorie...je suis un profane alors cela va vous sembler bête hein...donc la glace a cette propriété très rare d'avoir plus de volume à l'état solide qu'à l'état liquide. En général c'est l'inverse. J'ai pris l'hypothèse que cette singularité explique l'importance de l'eau au niveau cellulaire aussi bien qu'au niveau du cycle de l'eau et de l'apparition de la vie. Par ailleurs, il existe un élément, le Bismuth qui a la même propriété. Ma question c'est : est ce qu'on peut imaginer que du coup, la vie apparaisse ailleurs mais soit basé sur du Bismuth ?

Directeur : Non. Par contre on peut imaginer très facilement un système équivalent à la vie sur terre où le carbone aurait été remplacé par le silicium, car ils ont des propriétés et des interactions avec les autres composants assez similaires.

C'est fascinant parce que nous sommes justement dans une époque où on s'interroge sur le fait que l'homme soit remplacé par des ordinateurs ou des robots ! Remplacer le carbone par le silicium, c'est exactement ça !

TL;DR

1) On sait déjà calculer la densité moyenne de l'espace
2) La matière noire ne serait pas baryonique donc pas vraiment de la "matière" telle que nous la connaissons
3) Des milliers de soldats par le passé (et peut-être aujourd'hui) ont été envoyés à la mort en toute connaissance de cause pour préserver le fait qu'on pouvait intercepter et comprendre des communications
4) Il ne peut pas exister de vie telle que nous la connaissons basée sur le bismuth
5) Des hommes-silicium ou des animaux-silicium, dans lesquels le carbone est substitué par le silicium, sont en revanche envisageables.

mardi 6 mai 2014

Les Mythes de Dark Souls

Bonjour c'est FibreTigre...

...et je vais encore vous saouler avec Dark Souls.

Il existe sur internet beaucoup de vidéos "Lore" de Dark Souls qui décortiquent le moindre détail d'histoire de ces jeux, donc je vais pas évoquer les histoires en tant que telles mais plutôt les mythes réels sur lesquels Dark Souls se base, et les différences profondes entre les deux jeux vidéo.

Dark Souls 1 est mythologique : le héros n'a pas d'histoire personnelle, il pourrait être un anonyme comme un dieu déchu. Le monde hormis la zone du tutorial est la demeure des dieux, et les deux choix ultimes possibles sont des formes d'apothéose.

Dark Souls 1 se base sur le mythe arthurien : dans un monde mourant, car son Seigneur se meurt, un héros part en quête d'un calice aux pouvoirs vertueux. Il ira chercher son Seigneur mourant grâce au pouvoir de celui-ci, après avoir croisé des Perceval (Solaire) et des Mordreds (Lautrec). Le feu, le soleil sont des éléments divins obsédants pour le joueur qui ne survit que pour aller de l'un à l'autre en les louant.



Dark Souls 2 est de l'ordre de la chronique médiévale : le héros a une identité ancienne de mortel (l'intro peut avoir plusieurs interprétations, mais on voit un homme ne pouvant rentrer dans sa pauvre ferme), la malédiction de la marque sombre est une sorte de mal origine d'une quête de guérison et non pas le legs d'une divinité primitive (le pygmée élusif). Toute la notion de divinité est anéantie, même dans la description de l'âme du boss de fin qui fait référence à un dieu de Dark Souls 1, la rédaction de cette référence est ainsi tournée qu'elle ne mentionne pas de caractère divin. Dark Souls 2 est l'ascension d'un inconnu à la cour d'un roi, roi qui lui même n'a rien de tout puissant et encore moins de divin.

Si Dark Souls 1 reprenait le mythe arthurien, Dark Souls 2 reprend des mythes de l'Irlande. Au delà de l'homophonie amusante, the Emerald Herald, qui personifie le pays de Drangleic, est habillée de vert, couleur de l'irlande. Le pays est peuplé de géants, et le noeud de l'intrigue est une histoire de rois et de reines, je pense notamment au Cycle d'Ulster et la Reine Mebd. Enfin, on voit souvent l'Océan.



Les noms des contrées sont éloquents : Lordran, dans Dark Souls 1, est composé de Lore + Dra'n qui peut signifier Dragon. Donc "les légendes des dragons".

Dans Dark Souls 2, le pays se nomme Drangleic, on retrouve Dran'g et suffixe leic qui donne un coté celtique au nom, je dirais plutôt "le pays des dragons".

Alors pas mal de gens pensent que Drangleic est le futur Lordran, et ils vont évoquer le fait que les descriptions des âmes des boss donnent des correspondances.

Dans les faits, je ne pense pas que From Software, en bons japonais, aient souhaité une consistance encyclopédique de leur univers d'un Souls à l'autre. Tout comme dans les Final Fantasy, et certains esprits malicieux pourraient dire dans les mythes antiques, on a des points d'ancrage (Cid dans FF, Seath dans DS) et après on construit une nouvelle histoire autour.

C'est intéressant car la mécanique de Dark Souls est basée sur des mondes parallèles  Vous jouez et d'autres joueurs, qui jouent en même temps que vous, vous frôlent...

Les mondes parallèles, on pense aux théories scientifiques du multivers, mais c'est tout simplement aussi la déformation d'un même mythe d'un conteur à l'autre au fil des époques, ainsi Gilgamesh qui inspire Noé, et Homère que l'on retrouve au Japon, sous des formes un peu différentes et un peu familières.

Dark Souls est dans son grand cadre mais aussi dans son expérience personnelle une histoire unique dans laquelle tout le monde a finalement les mêmes repères. Chacun peut s'approprier l'histoire fragmentaire et créer la sienne, ce qui en explique certainement le succès.

dimanche 4 mai 2014

Assassin's Creed 5 et le sang de la noblesse

Hello,

Je voulais dire quelques mots sur le prochain Assassin's Creed.

J'aime beaucoup cette licence car elle est très précise dans son aspect historique (quand on enlève la surcouche scénarisée) ; je prends plus de plaisir à jouer à d'autres jeux, mais j'en apprends moins !



J'attends le prochain Assassin's Creed au tournant, non pas parce qu'il se passe chez moi, mais surtout parce qu'il se situe dans une époque charnière qui reprend les thèmes de ce qu'est fondamentalement AC.

AC, avec son animus, reprend l'hypothèse (non scientifique) de la "mémoire génétique". En gros, vous vivez des évènements, ces évènements sont d'une façon ou d'une autre mémorisés dans votre séquence génétique, et quand vous avez un enfant il hérite d'une partie de cette séquence génétique. Ainsi, comme un livre, votre histoire se transmet par votre descendance.

C'est intéressant car cette hypothèse non scientifique rejoint un fantasme ancien sur lequel s'est fondée le royalisme et la monarchie (et la noblesse), c'est à dire que le pouvoir, ou plutôt la qualité d'un homme se transmettait du père au fils, au même titre que la couleur des cheveux et, selon certaines conditions, la couleur des yeux.

Placer AC à la révolution française, c'est placer toute la question de la mémoire génétique dans un contexte historique : la révolution française n'a pas de démarche scientifique, mais elle dit en gros (et à terme, parce qu'on ne change pas en un jour mille ans de croyances) : c'est pas parce que vous êtes fils de titulaire du pouvoir que vous le serez vous même. Le pouvoir du sang, c'est fini.

Or notre héros peut vivre ses aventures grâce précisément au pouvoir du sang.

Peut-il légitimement soutenir les valeurs des révolutionnaires ? AC maintient toujours une ambiguité entre les camps, plaçant le conflit entre deux factions secrètes.

Il y a bien d'autres choses que j'aimerais voir dans un AC, à commencer par le fait qu'un homme vive à travers l'animus la vie d'une femme (et ses élans amoureux pour des hommes par exemple), ou alors qu'il ait un ancêtre schizophrénique avec la conscience de cette invasion mentale virtuelle ; j'imagine un dialogue intérieur entre ses itérations du passés et pourquoi pas des conflits.

C'est dans tous les cas une belle aventure avec beaucoup de potentiel.